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La lutte pour la liberté
Eduardo Colombo
Article mis en ligne le 29 avril 2011
dernière modification le 29 avril 2013

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« Libertà va cercando, ch’ è si cara
come sa chi per lei vita rifiuta »
Dante

Un jour, du sombre fond de son cachot, un prisonnier —
Sade peut-être – a écrit : « le combat pour la liberté est
monotone et terrible ». Monotone, sans doute, parce qu’il dure
depuis les origines de la cité, terrible parce que le droit d’annihiler la
liberté et la vie est une prérogative constante qui s’octroie tout pouvoir
politique.

Pour nous, modernes, la liberté est un sentiment profond qui
passionne et séduit. On pourrait penser qu’il en a toujours été ainsi2.
L’anarchiste sera, sûrement, enclin à dire avec Bakounine : « Je suis un
amant fanatique de la liberté ».

Elle, la liberté, peut embraser une foule de gens et incendier les
châteaux ou, encore, faire des révolutions. Cependant, la définir d’un
point de vue conceptuel n’est pas une tâche aisée parce qu’elle change,
évolue avec le temps et se construit, sans être jamais achevée, tout au
long de l’histoire des humains.

La notion de liberté

L’opposition « libre-esclave » est reconnue par tous les peuples indoeuropéens,
nous dit E. Benveniste, mais on ne connaît pas de désignation lexicale commune de la
notion de « liberté ». La terminologie
pour « homme libre » donne en grec
eleúthéros et en latin liber, et les deux mots
présentent, selon l’analyse étymologique
et sociale, un sens premier qui n’est pas
celui qu’on serait tenté d’imaginer à
partir du couple « libre-esclave » : si
l’esclave est entravé dans ses mouvements
ou s’il est sous le pouvoir d’un
autre, libre serait « être débarrassé de ses
chaînes », libéré de quelque chose qui
opprime ou limite. Ce n’est pas le cas au
départ. Le sens primitif aussi bien en grec
qu’en latin « c’est celui de l’appartenance
à une souche ethnique désignée par une
métaphore de croissance végétale »4. Être
né au sein de son ethnie ou de son
groupe social confère un privilège par
rapport à l’étranger ou à l’esclave capturé
ou vendu.

Le radical leudh, d’où sont tirés
eleútheros et liber, signifie « croître, se
développer ». Alors le mot eleutheria
(traduit par liberté) contient dans ses
racines deux significations principales,
l’idée d’appartenance à un groupe, à une
ethnie, à un peuple, et l’idée de
croissance d’un être qui arrive à son plein
développement ou à son épanouissement.

Une autre interprétation, plus
probablement liée à l’essor de la démocratie
dans la polis grecque, rattache
eleutheria à une racine exprimant l’idée
d’« aller où l’on veut », ainsi le concept se
rapprocherait du couple initial, et libre
serait celui qui peut se déplacer où bon lui semble, par opposition à l’esclave
dépendant du bon vouloir de son maître.
Mais, aussi bien chez Platon que chez
Aristote la notion d’homme libre est plus
proche de la conception d’un développement
accompli de leur nature propre,
que de l’idée moderne de liberté
comprise comme indétermination ou
libre choix. Aristote nous dit, par
exemple, à propos de l’esclave par nature,
que : « La nature tend assurément aussi à
faire les corps d’esclaves différents de
ceux des hommes libres, accordant aux
uns la vigueur requise pour les gros
travaux, et donnant aux autres la station
droite, et [les rendant] utilement adaptés
à la vie de citoyens » [La Politique, I, 5,
1254b – 30]. Cependant, cette nature
n’est pas seulement une physis inerte, elle
a un télos, elle tend à se développer vers
son accomplissement, elle a des potentialités
qui s’expriment à la naissance où
« une séparation s’établit entre certaines
réalités5, les unes étant destinées au
commandement, et les autres à l’obéissance
 » [I, 5, 1254a – 20]. Ce mouvement
peut être facilité ou frustré, comme le
montre le passage qui suit : « pourtant le
contraire arrive fréquemment aussi : des
esclaves ont des corps d’hommes libres
et des hommes libres des âmes
d’esclaves. » Ces considérations sur
l’homme libre et l’esclave – qui le sont,
l’un et l’autre, en accomplissement de
leur propre nature – sont des spéculations
purement philosophiques, et
elles peuvent être contestées, comme le
reconnaît Aristote, par ceux qui affirment
que l’esclavage est contre-nature.

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