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Rousseau contre l’État
Tanguy L’Aminot
Article mis en ligne le 19 mars 2015
dernière modification le 15 mars 2016

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Dans la deuxième lettre à Malesherbes, Rousseau, décrivant l’illumination qu’il eut à Vincennes, écrit en janvier 1762 :

Oh ! Monsieur, si j’avais jamais pu écrire le quart de ce que j’ai vu et senti sous cet arbre, avec quelle clarté j’aurais fait voir toutes les contradictions du système social, avec quelle force j’aurais exposé tous les abus de nos institutions, avec quelle simplicité j’aurais démontré que l’homme est bon naturellement et que c’est par ces institutions seules que les hommes deviennent méchants. Tout ce que j’ai pu retenir de ces foules de grandes vérités qui dans un quart d’heure m’illuminèrent sous cet arbre, a été bien faiblement épars dans les trois principaux de mes écrits, savoir ce premier discours, celui sur l’inégalité et le traité de l’éducation, lesquels trois ouvrages sont inséparables et forment ensemble un même tout. Tout le reste a été perdu, et il n’y eut d’écrit sur le lieu même que la Prosopopée de Fabricius (OC I, p. 1135-1136).

De cette genèse de la pensée politique, on a plus souvent retenu le passage des Confessions dans lequel Rousseau remonte à son expérience vénitienne pour la situer que ce passage pourtant antérieur.

Si on les compare cependant, on remarque qu’ils donnent des institutions un caractère totalement opposé. Si dans la lettre à Malesherbes, elles sont dénoncées pour leur influence néfaste sur les individus, dans Les Confessions, elles paraissent fortement positives à travers les questions qu’elles soulèvent chez Rousseau.

J’avais vu que tout tenait radicalement à la politique, et que, de quelque façon qu’on s’y prît, aucun peuple ne serait que ce que la nature de son gouvernement le ferait être ; ainsi cette grande question du meilleur gouvernement possible me paraissait se réduire à celle-ci : Quelle est la nature du gouvernement propre à former le peuple le plus vertueux, le plus éclairé, le plus sage, le meilleur enfin, à prendre ce mot dans son plus grand sens ? J’avais cru voir que cette question tenait de bien près à cette autre-ci, si même elle en était différente : Quel est le gouvernement qui, par sa nature, se tient toujours le plus près de la loi ? De là, qu’est-ce que la loi ? et une chaîne de questions de cette importance (OC I, p. 404-405).

Le lecteur du Contrat social retient généralement cette vision positive des institutions et oublie qu’elles sont présentées comme fortement négatives dans le premier texte cité. Rousseau apparaît ainsi le plus souvent comme un philosophe de la loi, du droit et de l’État, ou comme un penseur de l’institution politique la plus traditionnelle. Même un théoricien de l’anarchisme comme Michel Bakounine ne dit pas autre chose quand il accuse Rousseau d’avoir fondé la conception moderne du despotisme de l’État.

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