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Article mis en ligne le 30 avril 2011

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France, octobre 2010. Les rues, les places sont noires de monde.
Le peuple dit non au gouvernement. Et pourtant, à l’heure du bilan : échec ou trahison, ces termes reviennent dans plusieurs
articles, et cela donne une atmosphère « bizarre ». Y a-t-il quelque chose de nouveau ?

Malgré l’échec, l’impression d’avoir vécu quelque chose
d’important, à l’automne 2010 en France, est marquée par une
certaine allégresse. Il y eut des mélanges et des échanges entre
différentes catégories de travailleurs ou de non travailleurs,
chômeurs, lycéens, retraités. Ce fut un mouvement dans lequel les
anarchistes se sont sentis à l’aise, où leur parole était écoutée, leurs
slogans repris dans les manifs, dans les assemblées générales, dans
les blocages.

Un mouvement qui a démarré très lentement sous le contrôle
des grandes centrales syndicales, désireuses d’asseoir leur pouvoir en
vue de négociations sur lesquelles elles n’étaient pas d’accord et que,
de toute façon, le gouvernement devait refuser. Puis, devant la
fermeté du gouvernement, la pression de la base a augmenté, a
augmenté.

En parallèle se déroulait l’affaire Woerth Bettencourt. Ce scandale
illustrait parfaitement la collusion entre le pouvoir politique et les
grandes fortunes françaises ; il a certainement contribué à la colère
et à la détermination. (Plus tard, dans les pays arabes, c’est la
corruption qui jouera un grand rôle dans les révoltes. Ce n’est pas au
même niveau, mais… ce sera plus tard.)

Le thème des retraites s’élargit alors à une contestation plus
globale du système en général. Si les grèves sont restées relativement
limitées (l’idée de grève générale est restée une vision lointaine), les
blocages ont fait peser une réelle menace sur le gouvernement,
même s’ils ne généralisent pas. Ils n’ont été d’ailleurs soutenus que
mollement par les syndicats « représentatifs ». En contraste avec le
peu de participation des étudiants et l’échec des tentatives en ce
sens, la participation des lycéens, voire des collégiens, fut remarquée.
La plupart n’avaient pas de revendication bien nette, mais
témoignaient de quelque chose, au moins, ils affirmaient leur
existence.

Un échec ? Évident, si on considère l’impossibilité que le
mouvement perdure : l’échec des assemblées générales (qui n’ont
pas réussi à s’élargir au-delà des militants) destinées à fournir une
base radicale pour les conflits à venir, le fait que n’ait pas été remise
en cause, de manière ouverte, la structure même du système
capitaliste. Et, bien sûr, le gouvernement n’a pas cédé d’un pouce.
Mais il reste le souvenir de l’allégresse dans laquelle ont baigné ces
journées, même si certains l’ont payée assez cher.

Alors, un « coup d’épée dans l’eau » ? Sans doute, si on se réfère au
but proclamé des manifestations, aux grèves (qui sont restées
minoritaires) et aux actions proprement syndicales. Mais il ne faut
pas oublier qu’un coup d’épée dans l’eau provoque des ondes dont
nul ne peut prévoir la trajectoire ni l’effet qu’elles peuvent produire.

Peu de temps après, c’est sur les places de Tunisie et d’Égypte
que le peuple est présent. Bien des choses séparent ces épisodes de ceux qui ébranlent aujourd’hui le monde arabe.
L’ampleur de la répression et le caractère totalitaire des régimes auxquels ces révolutions se heurtent n’ont rien à voir avec ce qui s’est
passé en France, où les bavures ont été relativement rares, même si
la répression fut disproportionnée. Il n’y a pas eu de mort, et ce n’est
pas une mince différence. À l’heure où nous écrivons ceci, deux de
ces insurrections ont réussi. Mais en Syrie, à Bahreïn, en Libye et au
Yémen, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas gagné. Pas
gagné non plus en Algérie où les manifestations ont été étouffées
dans l’œuf, grâce à une police efficace, peut-être formée en France.
Quelque chose cependant sonne comme un rappel. Regardons
les places centrales des villes où se sont rassemblés les manifestants.
Regardons l’importance qu’elles ont prise. Ces places sont
généralement destinées à vanter la gloire des pouvoirs en place, y
compris lorsque ces pouvoirs sont ceux de la marchandise. Elles se
sont transformées en lieux d’échanges et de controverses, où se sont
retrouvés les prolétaires, ceux qui « n’étant rien » aspirent à devenir
« tout ». Mais aussi les moins-que-rien : chômeurs, diplômés sans
emploi, lycéens (dans tous ces lieux, présence de très jeunes gens),
etc. Mais aussi lieux d’affrontements : les chameliers attaquant les
manifestants de la place Tahrir, les manifestations de soutien à
Kadhafi, etc. Le peuple, ce n’est pas une masse homogène, aspirant
d’une seule voix à la révolution.

Il y a aussi ceux qui ont tiré profit des régimes en place et qu’une
position de mercenaires a amenés à soutenir. Il y a ceux qui
considèrent qu’une situation de larbins est « moins pire » que la mort
pour soi et ses enfants. Il y a ceux qui craignent les représailles ou qui
sont intoxiqués par des décennies de propagande. Et puis, même là
où les insurrections ont vaincu, on a vu intervenir, après coup, les
« élites » qui, au grand soulagement des Occidentaux, ont reconstitué
des embryons de gouvernements. Cependant, en Tunisie comme en
Égypte, les places ont tenu, maintenu la pression.

Les places, la rue ont aussi été le lieu de manifestations en Syrie
et en Afrique subsaharienne (Burkina Faso) et là aussi à l’initiative de
très jeunes gens, d’adolescents. Quel rôle les réseaux sociaux, twitter
et autre internet ont-ils joué, là comme ailleurs ?

Peu après, il y a la catastrophe au Japon, et la remise en cause du
nucléaire. Rien à voir ? Cependant, là aussi il y eut des manifestations
de rue (en Allemagne, notamment) et une prise de conscience qui, si
elle aboutit, ne peut que remettre en cause l’ensemble du système
dont les centrales nucléaires sont, avec les banques, l’un des plus
beaux fleurons. Alors, peut-on rêver d’une place sur laquelle ouvriers
des centrales et antinucléaires parviendraient enfin à discuter…
À les évènements du monde arabe comme ceux du Japon part, le rythme semestriel de Réfractions impose de prendre le temps
tous ces propos, ce numéro de Réfractions n’a pas l’ambition
ni la capacité de répondre. D’abord pour une raison de date :
arrivent alors que la fabrication de ce numéro tire à sa fin ; d’autre
de la réflexion. Il faudra que nous prenions le temps de nous
demander ce qui a changé et pourquoi dans le monde, au cours de
ce mois de mars 2011.

L’essentiel, cette fois-ci, est constitué d’un dossier concernant le
mouvement social de l’automne 2010. Il est constitué d’articles
d’analyses comme d’interviews qui cherchent à rendre compte, au
plus près, des différentes formes de ce mouvement. Actifs comme
retraités, cheminot et enseignants, précaires et employés sont
rassemblés ici pour réfléchir à ce qui s’est passé et pour lancer
quelques passerelles vers ce qui sera, peut être demain.
À côté des habituelles notes de lecture qui montrent notre souci
de lire ce qui s’imprime ailleurs et d’en rendre compte et même si
nécessaire d’en faire la critique, le lecteur trouvera un compte rendu
des grandes manifestations qui ont tenté, en Allemagne, au mois de
novembre 2010 de bloquer l’arrivée de déchets nucléaires à
Gorleben, un article incisif sur la question de la décroissance et, en
écho au précédent numéro de Réfractions, un article traitant de
l’existence, ou non, d’une réflexion sur la question du sujet
révolutionnaire dans la mouvance « autonome ».

Mais le débat a lieu aussi entre nous. Une des membres du
collectif a publié quelques petits livres sur l’anarchisme. Des
désaccords se sont fait jour. Deux articles en rendent compte et
tentent chacun à leur manière de donner une définition de
l’anarchisme, puisqu’au fond cette question traverse tout le numéro.

La commission de rédaction

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