Réfractions, recherches et expressions anarchistes
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L’anarchisme des origines et les juifs

A partir de la fin du XIXe siècle les juifs sont nombreux parmi les militants anarchistes. Cet état de fait va durer jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. Ils sont d’ailleurs tout aussi nombreux dans l’ensemble du mouvement révolutionnaire quelle que soit son étiquette. C’est d’autant plus intéressant que l’antijudaïsme est très présent parmi les écrits des théoriciens principaux de ce mouvement.


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Vents d’anarchie à Paris et alentours peu avant Mai 68

Pour protester contre le maintien en garde à vue d’un étudiant de Nanterre arrêté lors d’une action contre la guerre du Vietnam ses camarades occupèrent le vendredi 22 mars 1968 le bâtiment administratif de l’université. Au cours de la nuit les 142 occupants signèrent un manifeste qui allait constituer de fait l’acte de naissance du Mouvement du 22 Mars.


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L’état d’urgence, seconde nature de l’État

Les attentats du 13 novembre 2015, par leur violence et leur soudaineté, ont mis le pays en état de choc avec un effet de sidération qui va continuer à s’exercer. Une telle situation doit-elle pour autant entraîner la mise en place de mesures exceptionnelles ? Entre droits fondamentaux et sauvegarde de l’ordre public, l’état d’urgence c’est le déséquilibre revendiqué au profit de la sauvegarde de l’ordre public. Nous sommes dans la violence d’État.


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Le mouvement de libération des femmes, une aventure libertaire ?

Le renouveau du féminisme en France au début des année 70 est, très certainement, l’enfant direct de mai 68. C’était la pièce manquante dans le puzzle de la subversion, la conséquence nécessaire du croisement entre rêve de révolution et libération sexuelle.


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Moins-que-rien de tous pays, solidarité

Les migrants sont des prolétaires. Quant aux « travailleurs sociaux », il leur appartient de savoir s’ils et elles se situent du coté́ des employeurs liés aux logiques du profit. Ou s’ils et elles sont solidaires des personnes qu’ils et elles ont rencontrées.


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Rencontres libertaires du Quercy

Ces rencontres, organisées par l’OCL (Organisation communiste libertaire), sont ouvertes à celles et ceux que les thèmes des discussions programmées intéressent. Elles se dérouleront dans un gîte, la Maison carrée, à Lauzeral, sur la commune de Vazerac, à 30 minutes au nord de Montauban et au sud de Cahors.


A comme RésistAnces

LE MOUVEMENT ANARCHISTE AURAIT-IL ÉCHOUÉ ? IL EST VRAI qu’après plus d’un siècle d’intenses luttes pour construire une société sans domination ni oppression le résultat désiré n’a pas été atteint. Serait-ce donc par déni de réalité que nous ne nous résignons pas à abandonner cette lutte ? Nous ne le pensons pas, car ce serait accepter l’argument fallacieux selon lequel la valeur d’une pratique, ou d’un cheminement, est contenue toute entière dans l’atteinte du but ultime qui leur est assigné. C’est dans ses multiples pratiques au jour le jour que réside le succès de l’anarchisme et son indispensable existence.

Les systèmes de domination sont multiples. Les formes libertaires de résistance le sont aussi. Leur combat émancipateur peut s’affirmer dans les luttes contre les totalitarismes et leurs systèmes de surveillance, leur contrôle des communications, comme aussi, de manière constructive, sous des modes d’autogestion anticapitaliste ou de mutuelles autogérées. Tout cela ne va pas sans débat sur des moyens comme la violence, ou des événements comme les révolutions.

Ainsi le dossier de ce numéro discute de méthodes de résistance aux nouvelles formes d’évolution du capitalisme, en l’occurrence la nouvelle hydre des Big Data, mais il raconte aussi celles, plus anciennes mais éprouvées, de l’autogestion et du mutuellisme notamment.

Tomás Ibañez ouvre le débat. Le fait de n’être ni technophobes ni apocalyptiques ne nous exempte pas d’un constat : la digitalisation galopante du monde. Elle introduit un totalitarisme de type nouveau, fondé sur les principes de contrôle exhaustif et de prévention, et, de plus, elle s’accapare de nouvelles sources de profit économique. Par ailleurs, notre résistance aux chants de sirènes du postmodernisme ne devrait pas nous exempter de prendre acte de l’actuel délitement de l’idéologie des Lumières et d’en tirer les conséquences.

Deux articles prolongent cette introduction, sur les hackers et sur la neutralité d’Internet. Ils constatent que la révolution informatique annonce un totalitarisme d’une puissance inconnue à ce jour, face à laquelle il faudra beaucoup d’imagination pour inventer des pratiques de résistance. Un survol de la mouvance anarchiste contemporaine permet de nourrir quelques espérances en ce sens.

Annick Stevens et Bernard Hennequin nous font rencontrer la Scop-Ti de Géménos. Même à petite échelle, les alternatives de ce genre ont déjà en soi de nombreux effets bénéfiques et démontrent par leur pratique qu’une organisation sans chefs ni privilèges est tout aussi possible que désirable. Certes, la forme coopérative ne garantit pas pour autant une organisation complètement libérée de la hiérarchie et de l’aliénation au travail ; mais la rotation des tâches, le salaire quasi-égal pour tous, le plan de formation pour acquérir des compétences et cette intelligence collective en marche sont séduisants.

Le texte de Julien Vignet sur le mutuellisme se rattache à un mouvement d’auto-organisation d’un grand nombre d’expériences volontairement minuscules, fondées sur le consensus et l’affinité, sans représentation ni délégation de pouvoir, radicalement autonomes, et dont la force potentielle réside entièrement sur la libre association de forces libres.

L’analyse juridico-politique de Jean-Jacques Gandini oppose frontalement droit au logement et droit de propriété. Un recours à la théorie de l’abus de droit établit que celui qui donne un usage effectif à une chose – ici le squatter d’immeuble en état de nécessité – mérite d’être protégé par rapport à celui qui l’a laissée à l’abandon – ici le propriétaire absentéiste. C’est en l’espèce le non-usage du droit de propriété qui constitue un déni de droit alors que le logement constitue un besoin social fondamental. Il y a déjà 125 ans, Pierre Kropotkine proclamait que « l’expropriation des maisons porte en germe la révolution sociale ».

Gabriel Kuhn prend de la hauteur par rapport à ce qui ressemble à un dialogue de sourds, celui entre partisans de l’action violente et les non-violents. Dans un camp comme dans l’autre, certains refusent même ce tête-à-tête. Les jugements réciproques peuvent dégénérer en exagérations. Pourtant une vaste majorité reconnaît que même un principe absolu doit trouver ses limites dans certaines circonstances. Et un mouvement qui doit s’élargir est contraint au dialogue. Celui-ci pourra se construire sur une base éthique, une discussion des rapports entre la fin et les moyens en fonction des enjeux concrets de la situation.

Enfin, dans la ligne de ses précédentes réflexions, Daniel Colson met en lumière la position originale et singulière des anarchistes au sujet de la révolution. L’ordre autoritaire et inégalitaire, logique et continu dans ses mises en forme, considère les révolutions comme des failles exceptionnelles et discontinues, porteuses ou non d’un ordre nouveau. Il s’agit toujours, pour lui, de rétablir logique et continuité, et, très vite, inégalité, autorité, contrainte et commandement. L’anarchisme s’oppose à cette conception. Bien loin de s’exprimer dans de rares et uniques moments de folie et d’utopie, l’exception des révolutions constitue, pour l’anarchisme, la trame même de toute réalité humaine aussi minuscule et ordinaire qu’elle puisse être. Et c’est à partir de cette trame discontinue, de ses potentialités de révolte et de libre association, que l’anarchisme peut prétendre affirmer la possibilité d’une authentique émancipation.

C’est parce que c’est dans des situations de fort conflit social que s’éprouve la validité ou non des analyses anarchistes que nous avons voulu consacrer une transversale aux récents événements d’outre-Pyrénées. Qu’il s’agisse d’un peuple s’insurgeant contre la domination espagnole ou de l’affrontement entre deux appareils de pouvoir, ou encore d’un entrecroisement de ces deux conflits, le fait est que ce que l’on a dénommé « la crise catalane » a créé d’importants clivages au sein de l’anarchisme dans ce pays. On a vu des libertaires s’impliquer dans un processus devant déboucher sur la création d’un nouvel État, défendre les urnes, ou s’inscrire dans les comités de défense de la République tandis que d’autres manifestaient leur désaccord et leur perplexité face à ce qu’ils considéraient comme une dérive éloignée des positions anarchistes.

Un sous-dossier poursuit le thème du numéro 39, « Repenser les oppressions ». Alors que la notion de « post-colonial » fait son apparition dans les milieux universitaires, ce court dossier retrace la tradition anticoloniale des anarchistes. Des études récentes montrent l’intérêt de militants anticolonialistes dans des pays comme l’Egypte, les Philippines ou l’Inde pour ces idées, et l’engagement jadis de nombreux anarchistes en France contre le colonialisme et pour les luttes de libération, particulièrement en Algérie.

Suit une deuxième série de transversales avec l’introduction d’Eduardo Colombo à un ouvrage d’Amedeo Bertolo, qui fut sans doute indirectement l’un des inspirateurs de Réfractions. Marie Joffrin et Claire Auzias nous offrent un passionnant dialogue autour de Mai 1968. Et Jean-Christophe Angaut critique la pensée de la philosophe Janicka avec son « essai de théorisation de l’anarchisme contemporain ».

Plus que jamais, A comme RésistAnces !

Sommaire

Louis Janover
Article mis en ligne le 1er juillet 2018
dernière modification le 7 juillet 2018
Rubrique : Textes et documents

Ce texte de Louis Janover rappelle l’itinéraire politico-intellectuel de Miguel Abensour, et son positionnement dans le champ intellectuel, des années 1960 à aujourd’hui. Il reprend l’essentiel d’ un article paru dans le numéro 56 de la revue LIGNES.

Ce texte de Louis Janover est une présentation du numéro de la revue LIGNES n° 56 (Miguel Abensour, la sommation utopique). Il a été lu lors de la présentation de ce numéro, dans la librairie de Michèle Ignazzi (Paris) en juin 2018.

Il rappelle l’itinéraire politico-intellectuel de Muiguel Abensour, (...)

par Marcira
Article mis en ligne le 26 juin 2018
dernière modification le 1er juillet 2018
Rubrique : N° 40, A comme RésistAnces, printemps 2018

HOMMAGE À EDUARDO COLOMBO

ÉDITORIAL DOSSIER

L’anarchisme dans le contexte actuel, Tomás Ibáñez

Hackers. Ils veulent l’anarchie ? Ippolita

Sur la neutralité de la Toile, CrimethInc

Une autogestion anticapitaliste et jubilatoire, Bernard Hennequin, Annick Stevens

Le mutuellisme d’hier à (...)

Monique Rouillé-Boireau
Article mis en ligne le 23 juin 2018
dernière modification le 14 juillet 2018
Rubrique : Textes et documents

Miguel Abensour demeure l’homme des questions intempestives. C’est l’aspect résolument libertaire de sa pensée que je voudrais évoquer, moins à partir d’écrits théoriques que par le rappel de sa présence dans le débat intellectuel. Une posture de résistance au conformisme frileux devenu norme dominante dans les années 1980.

Miguel Abensour, penseur libertaire

Monique Rouillé-Boireau

Cet article est paru en mai 2018 dans un numéro spécial de la revue Lignes consacré à Miguel Abensour

MIGUEL ABENSOUR | La sommation utopique

Revue Lignes n°56

Contributeurs : Michèle Cohen-Halimi, Sophie Wahnich, Louis Janover, Anne (...)

Montreuil – « Temps d’encre » à la Parole errante
Article mis en ligne le 19 juin 2018
dernière modification le 29 juin 2018
Rubrique : Brèves et nouvelles

Ces dernières années, des publications anarchistes sur papier ont vu le jour. Nous saisissons cette occasion de nous retrouver en face à face pour discuter ensemble du sens, des objectifs et de quelques problématiques de ces publications à partir de nos expériences et réflexions respectives.

Le samedi 23 et le dimanche 24 juin 2018

Rencontres autour de publications anarchistes

à la Parole errante

9, rue François Debergue

Montreuil

(M° Croix de Chavaux)

* * *

Pour que l’idée ne flétrisse pas, il faut l’action pour la revigorer. Pour que l’action ne tourne pas en rond, il faut l’idée (...)

par Alain Thévenet
Article mis en ligne le 17 juin 2018
dernière modification le 7 juillet 2018
Rubrique : Textes et documents

Ça se passe dans les locaux de Médecins du Monde, à Lyon, où il est proposé aux migrants, après un examen médical effectué par un généraliste qui a estimé qu’il relevait d’une aide psychologique, de rencontrer un psychologue.

Réflexions à propos d’une présence psychologique auprès de sans papiers

Alain Thévenet

21 mars 2016

Elle entre dans le bureau d’un pas mécanique et rapide, le visage légèrement incliné, évitant de croiser mon regard. J’écris « elle » parce qu’il s’agit le plus souvent d’une femme ; gardons donc ce pronom, (...)

Article mis en ligne le 13 juin 2018
dernière modification le 19 juin 2018
Rubrique : Brèves et nouvelles

Le samedi 16 juin 2018 à partir de 10 heures et jusqu’à 17 heures,

grande fête du livre des éditions Noir et Rouge

Le samedi 16 juin 2018 à partir de 10 heures et jusqu’à 17 heures,

grande fête du livre des éditions Noir et Rouge

Des milliers de d’occasion.

De la BD, des romans, des essais, des livres d’art, d’histoire et de politique.

Des bouquins parfois rares, épuisés et introuvables à prix d’occasion ! (...)

Article mis en ligne le 12 juin 2018
dernière modification le 19 juin 2018
Rubrique : Brèves et nouvelles

Le samedi 16 juin 2018, de 14 à 20 heures, et le dimanche 17 juin, de 12 à 20 heures : pour que vive la bibliothèque anarchiste LE JARGON LIBRE, grande bourse aux livres et apéro-concert enragé.

Le samedi 16 juin 2018, de 14 à 20 heures, et le dimanche 17 juin, de 12 à 20 heures :

pour que vive la bibliothèque anarchiste Le Jargon libre, grande bourse aux livres (neufs et d’occasion, politiques, romans, jeunesse, polars, BD, CD-DVD.

Samedi, à partir de 18 heures, apéro-concert enragé avec (...)

Rencontre - débat
Article mis en ligne le 1er juin 2018
dernière modification le 12 juin 2018
Rubrique : Brèves et nouvelles

Ce mercredi 6 juin 2018 à 18 h la Bibliothèque Jean Van Lierde d’Agir pour la Paix vous invite à une discussion autour d’un nouvel ouvrage qui a retenu son attention,
« Non-violence dans la révolution syrienne »

« Non-violence dans la révolution syrienne »

Textes présentés par Guillaume Gamblin et Pierre Sommermeyer,

Editions libertaires, collection Désobéissances libertaires,

Co-édité avec la revue S !lence, 116 pages illustrées en couleur – 9 €.

Guillaume Gamblin et Pierre Sommermeyer ont collecté des (...)

Conférence-débat avec Jean-Pierre-Duteuil
Article mis en ligne le 20 mai 2018
dernière modification le 12 juin 2018
Rubrique : Brèves et nouvelles

Le mercredi 30 mai 2018 à 20h30 à la Maison des Syndicats (rue Sédillot, Strasbourg)

conférence-débat par Jean-Pierre Duteuil sur Mai 68 et le Mouvement du 22 mars

à l’invitation du Collectif Alternative libertaire d’Alsace et de l’Union départementale de la CNT du Bas-Rhin.

Jean-Pierre Duteil a été, avec Daniel Cohn-Bendit, un des fondateurs du Mouvement du 22 mars. Il anime actuellement les éditions Acratie et le périodique anarchiste-communiste Courant (...)

vient de paraître, présentation-débat à Paris
Article mis en ligne le 10 mai 2018
dernière modification le 12 juin 2018
Rubrique : Brèves et nouvelles

Présentation-débat en présence d’André Bertrand le mercredi 16 mai 2018 dès 20h à la librairie Quilombo
(23 rue Voltaire, Paris XIe, m° Rue des Boulets ou Nation)
du livre : "Le scandale de Strasbourg mis à nu par ses célibataires, même"

Présentation-débat en présence d’André Bertrand le mercredi 16 mai 2018 dès 20h à la librairie Quilombomême"

(23 rue Voltaire, Paris XIe, m° Rue des Boulets ou Nation)

du livre : "Le scandale de Strasbourg mis à nu par ses célibataires,

par André Bertrand et André Schneider

Editions l’Insomniaque, (...)

Journées d’études des Géographes libertaires
par ps
Article mis en ligne le 4 mai 2018
dernière modification le 12 juin 2018
Rubrique : Brèves et nouvelles

Le Réseau des Géographes libertaires organise ses Journées d’études à Saint-Denis du 24 au 26 mai 2018, en partenariat avec la Dionyversité. Les deux premières journées seront consacrées à une série de conférences sur le thème "Commun•e•s - Actualité du municipalisme libertaire", et se tiendront à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis.

Le Réseau des Géographes libertaires organise ses Journées d’études à Saint-Denis du 24 au 26 mai 2018, en partenariat avec la Dionyversité. Les deux premières journées seront consacrées à une série de conférences sur le thème "Commun•e•s - Actualité du municipalisme libertaire", et se tiendront à (...)


























Cet article a été publié dans le Monde libertaire.

L’anarchisme des origines et les juifs

par Pierre Sommermeyer

A partir de la fin du XIXe siècle les juifs sont nombreux parmi les militants anarchistes. Cet état de fait va durer jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. Ils sont d’ailleurs tout aussi nombreux dans l’ensemble du mouvement révolutionnaire quelle que soit son étiquette. C’est d’autant plus intéressant que l’antijudaïsme est très présent parmi les écrits des théoriciens principaux de ce mouvement. [1] Il se fait jour aussi parmi les militants de base dès les origines comme on peut le voir dans cette citation tirée du bulletin de la Fédération jurassienne de 1872 : Hepner du Volksstaat – un des Juifs de la synagogue de Marx – déclara que les internationaux qui, en Suisse, ne vont pas voter aux élections politiques, sont les alliés du mouchard Schweitzer en Prusse, et que l’abstention du vote conduit directement au bureau de police [2].

Les anarchistes français vont se trouver confrontés, presque dès le début de leur existence, au fait juif. Il s’agit bien entendu de l’Affaire Dreyfus. S’il s’agissait exclusivement d’une question militaire il n’y avait rien à gagner à s’y mêler. Si Dreyfus était accusé de trahison à la fois en raison de ses origines alsaciennes - alors en Allemagne- et de sa confession juive la question se posait. C’est ce que Sébastien Faure expose dans sa brochure intitulée Les anarchistes et l’affaire Dreyfus. Convaincu de l’importance de l’affaire par Bernard Lazare, il rassemble dans ce libelle paru début 1898 tous les arguments qu’il avait développés dans les colonnes du Libertaire auparavant. Refusant de prendre position dans un conflit entre militaires « Comme officier, D. appartenait à cette caste d’individus qui commanderaient le feu contre moi et mes amis demain, si, demain, la révolte s’affirmait hautaine contre l’hypocrite pourriture de l’Autorité » Faure reconnaissait que l’affaire dépassait cette question et ouvrait la voie à l’antisémitisme : « mouvement en qui tous les débris déchus ont placé leurs suprêmes espérances de restauration. / Épaves royalistes, immondices plébiscitaires et napoléoniennes, résidus boulangistes et scories cléricales, toutes les saletés réactionnaires se sont données rendez-vous dans cet égout collecteur ». On connait l’issue de ce mouvement auquel participèrent la plupart des anarchistes.

Simultanément une autre question se posait celles du sionisme. Né à Bâle au mois d’août 1897 en pleine Affaire, il s’agit d’abord d’un plan de réunification nationale juive. Théodore Herzl entrevoit alors la création d’un Etat juif sans se poser la question de savoir si il y a sur place des habitants. . On raconte à ce propos que l’un des plus proches collaborateurs de Herzl s’est un jour précipité sur lui en s’exclamant : « Mais il y a des Arabes en Palestine ! Je ne le savais pas ! [3] »

Rapidement une réponse libertaire se fait jour. Les premiers anarchistes à se poser la question tout à la fois de l’antisémitisme et du sionisme sont les ESRI, (Etudiants socialistes révolutionnaires internationalistes) qui en 1900 publient une brochure portant en titre ces deux mots. Elle s’adresse au Congrès ouvrier révolutionnaire international qui doit se réunir à Paris en septembre de cette année là. Ce congrès sera interdit par le gouvernement du moment. Il devait réunir différentes tendances du mouvement ouvrier dont des anarchistes et des socialistes.

Dans ce contexte, l’Affaire Dreyfus est toujours en cours, il importe de rapporter les termes de cette plaquette qui montre bien la distance parcourue par le sentiment antisémite dans ces milieux. A ce propos les ESRI déclarent  : « il y a dix ans, n’importe quel Congrès socialiste ou anarchiste se serait abstenu de perdre son temps clans une pareille controverse, on se serait contenté de rappeler que le prolétariat poursuit l’affranchissement des hommes sans distinction de sexe, de race ou de nationalité. » Après avoir fait un exposé de l’histoire de l’antisémitisme ils déclarent que ceux qui adoptent cette attitude sont à la recherche d’un responsable de leur ruine, que la chute des classes moyennes a pour conséquence le développement de cette opinion. Ce qui fait dire aux ESRI « Telles sont donc les raisons économiques qui peuvent expliquer l’antisémitisme de certaines classes de la société, toutes nos ennemies d’ailleurs. Allons-nous donc, nous socialistes et anarchistes, crier aussi : "A bas les Juifs ?" » La cause est entendue.

A l’accusation d’être donc « philosémites » ils répondent par une critique, qui se veut radicale, du sionisme. Cela nous semble être la première fois que dans les cercles anarchistes ou même révolutionnaires apparaisse ainsi une analyse de cette idéologie née trois ans auparavant. L’explication semble résider dans la présence au sein de ce groupe de militants juifs comme entre autres Shalom Ansky Rappoport, Marie Goldsmith et son amie Roubanovitch. Les ESRI considèrent qu’ « enlever les prolétaires juifs à la cause révolutionnaire, c’est enlever à cette cause de ses éléments les plus énergiques, les plus intelligents, les plus conscients. »

Quand au projet sioniste leur position est claire : « Nous pensons que le sionisme est sinon une lâcheté, au moins une faiblesse. » A ce moment là les ESRI pensent que certains juifs surestiment les persécutions dont ils sont l’objet. Ils ne peuvent évidemment pas imaginer, qui aurait pu, ce qui allait se passer quelque quarante années plus tard. De façon intéressante ils font la différence entre les juifs, riches propriétaires ou financiers, et ceux qui comme en Russie, où « les petites marchandes de lait ont été expulsées, mais où sont restés tous les gros propriétaires juifs ». Ils veulent aussi mettre en garde ceux qui veulent se réfugier dans cet Orient rêvé. « La Palestine est une terre pauvre, désolée, à peine plus habitable que le désert de Syrie, dont elle est voisine ». Ils ne se disent pas sionistes « parce que l’émigration des juifs diminuerait la masse prolétarienne active ». Ils s’adressent aussi aux militants révolutionnaires. Au cas où s’il arrivait que d’aventure Sion devienne une colonie communiste-anarchiste, eux ne le favoriseraient pas. Ils ajoutent, visionnaires, et nous terminerons en ce qui les concerne par cela que pour survivre cette colonie serait obligée de « jouer le rôle d’intermédiaire entre les pays producteurs. Ce rôle, en effet, qu’on a considéré comme une caractéristique de la race juive ». Tout cela est déclaré en 1900. Il faut remarquer cependant que pas un mot n’est dit sur les habitants de la Palestine.

Quelqu’un pourtant aborde cette question au même moment. il s’agit de Reclus. Trois révolutionnaires russes, socialistes révolutionnaires, Lev Deich (Leon Deutsch), Gurevitch et Axelrod vont se référer à E. Reclus. Gurevitch raconte que le géographe anarchiste les a catégoriquement dissuadés de s’engager pour la colonisation de la Palestine [4]. C’est leur a-t-il dit une région qui n’est pas faite pour la colonisation. Les juifs ne pourraient y vivre qu’en faisant du commerce et en exploitant la population locale. Au lieu d’être un soulagement, il ne s’agirait que de reproduire une existence improductive propre aux juifs. Cela générerait ne que des conflits avec les Arabes. Pourtant, curieusement, Elisée Reclus, dans son monumental ouvrage qu’est l’Homme et la terre (1905) pose cette question : Quant aux Juifs, ne sont-ils pas chez eux, sur le sol que Jéhovah lui-même a donné à leurs ancêtres ? Question curieuse pour celui qui fait profession d’athéisme. Puis, à propos des sionistes voici ce qu’il ajoute : Sur les dix millions de Juifs épars dans le monde, il en est environ deux cent mille, les « Sionistes », qui se sont ligués en une société espérant contre toute espérance que la terre des aïeux leur sera rendue en dépit du sultan, des mahométans et des chrétiens, en dépit même de l’immense majorité de leurs coreligionnaires indifférents ; mais comment la petite Palestine, dont le sol nourrit maigrement aujourd’hui 340 000 habitants, pourra-t-elle recevoir la foule des Juifs revenus de la troisième et si longue captivité. C’est alors qu’interviendra le miracle pour faire affluer vers Jérusalem, la nouvelle Londres, toutes les richesses du monde entier !

Auparavant Reclus était intervenu dans le journal Les droits de l’homme. Cet organe avait été créé en 1898 pour défendre le capitaine Dreyfus. Probablement financé par les défenseurs du capitaine par l’intermédiaire de Bernard Lazare. Dans une enquête réalisée sur l’antisémitisme ce journal s’était adressé à Elisée Reclus. Celui-ci répond que bien qu’il n’ait rien écrit à ce propos jusqu’à présent, même s’il a fait une conférence sur le sujet auparavant, il accepte de répondre « un peu à contre cœur ». Pour lui, quoique ce soit comme tout phénomène social très complexe, il pense qu’en France c’est « un mouvement très superficiel sans causes profondes et sans portée ». Son origine selon Reclus prendrait naissance dans le mécontentement de fonctionnaires ayant été écartés dans la distribution de places au bénéfices de candidats juifs. Pour le géographe anarchistes les juifs sont mieux instruits ce qui explique leur succès. Le projet de ces jaloux est dévoilé par Reclus sans aucune illusion, morts, exil, spoliation. Déjà dit-il « il y eut des meurtres et il y en aura d’autres ». Mais il pense nonobstant que cela n’écartera personne de la question principale « est il juste que des hommes meurent de faim ?  ». il termine sa lettre en disant « Je crois que les prétendues haines de race n’arrêtent plus longtemps la société dans l’accomplissement de sa grande œuvre ».

Dans Juifs et anarchistes [5] Mina Graur rappelle que Moses Hess préconisait, dès 1862, « la création d’un Commonwealth juif en Palestine, dans lequel les juifs auraient pu concrétiser leurs aspirations nationales en donnant vie, en même temps, à une société socialiste » (p. 127). Elle revient surtout sur le débat qui opposa quelques années plus tard, en 1907, Mark Yarblum, un anarchiste juif, à Pierre Kropotkine, sur cette question. Elle précise que Kropotkine, bien qu’hostile au sionisme par conviction politique, lui opposa surtout des arguments géographiques liés « aux inconvénients climatiques du lieu ». Curieusement, il n’est fait aucune référence à l’existence d’une population arabe vivant déjà en Palestine. Ni ici ni ailleurs. Comme si ce problème n’existait pas. Et de fait, à lire Mina Graur, il ne semblait pas exister. Pas plus qu’il n’existait pour Gershom Scholem, à lire Eric Jacobson [6]. Que la présence de cette population – qui n’était en rien responsable des vagues antisémites qui s’abattirent, en Occident, sur la Diaspora – fût, du fait même qu’elle était là, contradictoire avec la créations de colonies juives puis la constitution d’une communauté voie ouverte vers la création d’un Etat, est une donnée qui n’apparaît pas. Seul Reclus avait vu clair.

Il est possible de dire qu’à la veille de la première guerre mondiale pour une bonne partie du mouvement anarchiste la cause est entendue. Le sionisme est une idéologie contraire aux idéaux anarchistes. La grande boucherie va passer par-dessus tout cela. Toute cette réflexion va disparaitre dans les tranchées qui vont avoir pourtant une importance décisive dans les années qui suivirent la fin de la guerre.

Pierre Sommermeyer

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