Reclus, ou le Grand Récit de la Terre

samedi 17 novembre 2007
par  *
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Tout le monde n’a pas la chance, comme Dante Alighieri, de
disposer d’un aimable guide vers les sentiers inconnus. Il arrive
que l’on cherche son chemin dans une rue déserte, sans repère
ni carte, et que l’on aperçoit enfin un passant. Son aspect n’inspire pas
confiance, mais faute de mieux, on lui demande le renseignement.Avec
force gestes et en se répétant interminablement, l’inconnu vous indique
la direction à prendre.Vous voilà parti dans cette voie, pour découvrir
finalement que ce n’est pas la bonne. L’inconnu ne connaissait pas la
rue, mais il a quand même voulu vous « informer ».

Le monde est ainsi fait : même les imbéciles ont des explications.
Tout a un sens pour les gens : une configuration urbaine, une rivière, un
chat. Nous sommes tous des dictionnaires ambulants : nous achetons
tel pantalon parce que nous croyons « qu’il nous donne un certain look
 ». Chaque objet dans notre maison raconte une histoire, chaque acte a
un sens, toutes nos rencontres sont l’objet d’une lecture affective et
mentale. Nous vivons dans un monde de définitions et de récits - le
livre de la vie.

Celui-ci, comme toute interprétation du monde, repose sur notre
idée de la Nature. Mais cette référence est complexe et vague, car ce
mot nébuleux Nature se réfère à la fois : au milieu terrestre particulier,
défini par le relief, la végétation, les animaux, le climat ; à
l’environnement qui sert de cadre à la vie humaine ; aux caractères
innés de chaque individu, mais aussi ses déterminants biologiques et
sociaux ; à l’ensemble de l’univers et des puissances cosmiques, à
l’essence philosophique de l’être.

Le XIXe siècle n’échappe pas à cette nuée de significations ; il s’y
ajoute même la conception romantique qui en fait une source
d’émotions et de sensations, et un rapide coup d’œil sur l’œuvre de
Reclus révèle ces divers aspects :

« L’émotion que l’on éprouve à
contempler tous les paysages de la
planète dans leur variété sans fin et dans
l’harmonie que leur donne l’action des
forces ethniques toujours en mouvement,
cette même douceur des choses,
on la ressent à voir la procession des
hommes sous leurs vêtements de
fortune ou d’infortune, mais tous également
en état de vibration harmonique
avec la Terre qui les porte et les nourrit, le
ciel qui les éclaire et les associe aux
énergies du cosmos. »

Néanmoins, si la qualité de l’écriture
et l’expression de certains sentiments
révèle des traits romantiques, la pensée
se situe bien au-delà. L’auteur de la
Nouvelle Géographie Universelle, de
L’Homme et la Terre, de L’Évolution, la
Révolution et l’idéal anarchique ne se
contente pas de regarder la nature : son
discours embrasse toute la Planète, et il la
dépeint dans tout son espace-temps. Il
pose des critères précis d’interprétation
et s’efforce d’établir des lois qui, bien
mieux que la simple illustration
moralisatrice ou la leçon pédagogique,
doivent éclairer le devenir collectif de la
société humaine.

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