Tempêtes libertaires : Georges Hénein, Ramsès Younane, et le mouvement surréaliste en Égypte

Ronald Creagh
jeudi 30 avril 2015
par  webmestre
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« Définir “la liberté” c’est restreindre son sens, l’expliquer c’est limiter sa portée, car le mot “liberté” est un de ces mots qui, lorsqu’on le relâche, révèle son sens tout seul.
Le plus loin que l’esprit humain ait pu aller pour imaginer
comment se libérer des limites et des frontières, c’est peut-être ce que l’anarchisme a dit dans la phrase : “ni dieu ni maître” ».

Feisal ‘abd al-rahman shahbander.

1973, un groupe d’étudiants arabes lançait à paris, Londres et vienne le mouvement surréaliste arabe en exil. ils se réappropriaient un art rebelle : « notre surréalisme détruit la soi-disant “patrie arabe” […] nous faisons exploser les mosquées et les rues par le scandale du sexe qui revient dans le corps, éclatant en flammes à chaque rencontre. » et ils encourageaient le blasphème ! ils y voyaient un acte éloquent, nécessaire, « ne serait-ce que parce qu’il occasionne un plaisir délicieux et ouvre les portes de l’imagination. » leur revue, Le Désir libertaire, fut immédiatement interdite dans la plupart des pays de langue arabe.

On surprend parmi ses articles quelques textes d’une génération précédente de surréalistes égyptiens. Ceux-ci, déjà singuliers par rapport aux socialistes et communistes d’autres pays, s’affirmaient en multipliant les gestes libertaires. Ils étaient si indépendants qu’ils n’acceptèrent aucune autorité « supérieure ». Très actifs au Caire à partir de 1937 et pendant plus de vingt ans, leur histoire et leurs réflexions sont riches d’enseignements sur un courant égyptien résurgent. Leurs œuvres ont commencé à recevoir une reconnaissance internationale, leurs textes arabes sont percutants et leurs poèmes et récits en français constituent un apport important de la littérature francophone et de l’art du XXe siècle. L’abondance, la diversité et la complexité des productions mériteraient un gros ouvrage qui, au-delà des personnes présentées ici, embrasserait tous leurs réseaux. On ne retiendra ici que les itinéraires égyptiens de deux grandes figures, Georges Hénein et Ramsès Younane.Très différents l’un de l’autre et pourtant toujours très proches, ils offrirent un éclairage singulier à travers leurs activités dans les milieux francophones et arabes.


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