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L’économie néolibérale : entre (nouveau) régime et (ancienne) idéologie
Michel Armatte
Article mis en ligne le 19 mars 2015
dernière modification le 15 mars 2016

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La réflexion, plus descriptive qu’analytique, que nous proposons ici porte sur le néolibéralisme contemporain, et elle traitera des changements affectant le rôle de l’État dans la régulation des activités économiques. Non pas que le néolibéralisme se réduise à une théorie et un régime économiques, car nous reconnaissons volontiers avec Marcel Gauchet, que « la résurgence libérale s’insère dans un changement beaucoup plus large de nos sociétés, concernant l’ensemble de leurs sphères d’activité ».

En accord avec l’approche de la Théorie de la Régulation qui s’est constituée en France dans les années 19801, nous voyons le capitalisme comme un système de pouvoir ayant une finalité d’accumulation monétaire par le jeu de l’exploitation du travail et des ressources naturelles, selon des formes et des modalités qui diffèrent dans le temps et selon les lieux – ce que nous appelons des régimes – chacun de ces régimes illustrant un certain rôle des institutions comme l’État et les marchés. Le capitalisme est à distinguer de l’économie de marché, plus ancienne, dont il n’est qu’une forme tardive (XIXesiècle), qui suppose la rencontre d’individus libres rationnels et égaux échangeant des biens sur un marché, dans des conditions de fluidité qui supposent l’existence d’une monnaie et la garantie d’un État. Dans une économie capitaliste, il n’y a pas un marché mais trois marchés : 1) un marché des biens, produits et services, dont on peut admettre qu’il fonctionne, dans des conditions restrictives, à peu près selon les lois de l’offre et de la demande ; 2) un marché du travail où les travailleurs louent leur force de travail, selon un contrat marqué par leur subordination à des règles de management, et à des conventions institutionnelles ; 3) un marché financier sur lequel les capitalistes trouvent des financements de leur entreprise et les investisseurs des placements qui rapportent ; ce marché dans lequel « le capitalisme apparaît dans toute sa nudité : de l’argent faisant de l’argent » ne fonctionne pas selon les lois ordinaires du marché des biens : au contraire de la loi de l’offre et la demande, on y observe par exemple que la demande augmente avec le prix et que les ordres d’achats exploitent les possibilités d’arbitrage bien au-delà de ce que la théorie de l’efficience des marchés laisse entendre. Chacun de ces marchés n’est pas un fait naturel, ne se crée pas tout seul, n’a pas de capacité d’autorégulation suffisante, et doit être encadré par des arrangements institutionnels, pour une bonne partie étatiques : définitions et normes, qualités, nomenclatures, droits de la propriété, infrastructures durables, règlementations de la concurrence pour les biens ; conditions du contrat de travail, législation, conventions collectives pour le travail, et dispositifs de coordination, de calcul sur les marchés financiers. C’est ce qu’on appelle « la construction sociale des marchés ».

Enfin, quand nous parlerons de néolibéralisme, nous distinguerons le fait néolibéral comme ensemble de pratiques sociales de l’idéologie libérale. Par idéologie il faut entendre un système culturel d’ordre discursif2comprenant 1) une conception du monde englobante et cohérente, 2) un programme d’action sur le monde 3) exprimant les intérêts ou les projets d’un groupe social particulier et 4) ayant un effet performatif sur la réalité sociale, pour la rendre conforme à ce discours.

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