Présentation du N°16

mardi 25 avril 2006
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Si, dans ce numéro de Réfractions, il est peu question directement des manifestations et événements récents, on y trouvera pourtant quelques échos.

Le projet de ce numéro date de plus d’un an, bien avant, donc, les événements de novembre 2005 et de mars-avril 2006. Mais il était déjà beaucoup question du « danger » représenté par la jeunesse, en particulier celle des cités, du manque de repères, du nécessaire retour aux valeurs, etc. On assiste depuis quelques années à un retour en force des idéologies conservatrices. Les philosophes volent au secours des politiques pour nous asséner que c’est nous les conservateurs, qui voulons non seulement conserver quelques-unes des « avantages » chèrement acquis au cours des siècles précédents, mais qui pensons aussi que les « lois du marché », la « mondialisation » et autres concepts qu’on nous présente comme inéluctables, ne le sont pas du tout ; qu’ils mènent à la misère croissante et aussi à une détérioration irréversible d’un environnement naturel dont nous sommes partie intégrante. Et, depuis plusieurs années, on tente de contrôler l’incontrôlable, en particulier en prônant un retour aux vieilles méthodes d’éducation « qui ont fait leurs preuves » et en même temps en renforçant la répression aux dépens de l’éducation. On construit des prisons pour mineurs, des Centres d’éducation fermés. Mais cet intérêt conjectural ne signifie peut-être pas autre chose que l’inquiétude d’une société quant à son propre sort.

Il nous a semblé avoir quelque chose à dire à ce propos. Les anarchistes ont, depuis toujours, une complicité certaine avec l’enfance. Peut-être parce qu’ils ne sont pas, ou pas encore, résignés et qu’ils désirent que les champs du possible s’ouvrent à eux.

La peur des enfants, c’est ce dont il sera question d’abord dans ce numéro. Peur de l’enfant qui est en nous et qui risque de ressurgir, une peur qu’on tente de conjurer par l’alliance de la psychologie, de la police et de l’éducation. On évoquera, bien sûr les problèmes des « cités » : immigration, mixité. Ainsi que la répression qui s’abat sur les plus fragiles : les enfants sans papiers. Quelle est la part des véritables problèmes et des projections ?

La psychanalyse aussi bien que les traditions populaires, telles qu’elles s’expriment dans les contes qui traversent notre culture ou dans les rites et récits africains, nous emmèneront sur les pistes de l’imaginaire. Imaginaire des adultes quant à la place de l’enfant. Imaginaire de l’enfant quant à sa place à occuper ou à ravir.

Des expériences tentent de montrer, et elles y parviennent souvent, qu’il est possible d’instaurer d’autres rapports entre enfants et adultes, entre êtres humains, tout simplement. La parole des enfants, ou des adolescents n’est pas une parole anodine, elle révèle parfois beaucoup de nous-mêmes et du monde dans lequel nous vivons. C’est ce dont témoignent ateliers d’écriture, ateliers philo, écoles alternatives.

On évoquera enfin deux penseurs anarchistes, Godwin et Stirner, et leur originalité par rapport aux conceptions de leurs temps quant à l’éducation et à l’enfance. Un débat dans lequel on peut retrouver bien des problèmes qui se posent aujourd’hui.

Les articles qu’on trouvera dans les « transversales » rejoignent aussi, par d’autres voies, ces préoccupations. Relisant Reclus, à propos de l’ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans, John Clark montre que la catastrophe est due, pour sa plus grande part à un système capitaliste qui se soucie peu des hommes. On voit aussi comment le pouvoir, incapable de venir à l’aide des sinistrés s’est au contraire ingénié à contrarier les efforts spontanés des habitants. La traduction d’une nouvelle de Pa Kin, récemment décédé, consacrée à Sacco et Vanzetti nous rappellera que, pour les sociétés « policées » le mal vient toujours d’ailleurs, des étrangers. Enfin Zoé nous rappelle l’importance de la vie et le grain de sable qu’elle introduit toujours dans les rouages du système.


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