Sexe et politique

Jacques Lesage de La Haye
lundi 13 mai 2013
par  ps
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LE SEXE A UNE COMPOSANTE BIOLOGIQUE. PERSONNE ne peut le contester. Les organes sexuels ont une existence physique manifeste. Alors, pourquoi y associer la politique ? Cela paraît évident. Mais nous n’hésiterons pas non plus à considérer le sexe sous l’angle psychologique. Chacun sait que la sexualité ne se résume pas à un simple fonctionnement physiologique.Nous n’avons pas tous la même personnalité. À partir de là, notre façon d’aborder le sexe dépend de multiples facteurs. Sommes-nous timides, audacieux, frustrés, respectueux, brutaux, romantiques, obsédés, jeunes, âgés, indifférents ou amateurs des plaisirs de la chair ? De quelle origine ethnique sommes-nous issus ? Quel était notre milieu social et environnemental ? Notre histoire familiale a une grande importance. Toute notre éducation en dépend.

LA CELLULE FAMILIALE

La cellule familiale est un atome social de base. Dans une société où aucune information sexuelle n’est fournie aux adolescents, ce qui était le cas avant 1968, il ne restait pour la majorité que la soumission à l’autorité et, pour une certaine minorité, la masturbation ou la révolte et des relations sexuelles clandestines. Wilhelm Reich conclut dans La Révolution sexuelle : « La mutilation sexuelle des adolescents est le prolongement logique de la mutilation de la sexualité infantile  »1.

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas prétendre que n’existe pas une information ou une éducation en matière de sexualité. Au contraire, il se dit même que nous sommes tous surinformés.Avec Internet, en particulier, les enfants et les adolescents peuvent trouver tout ce qu’ils ont envie de savoir. Mais, là encore, il existe de grandes différences selon les milieux sociaux. Avec des parents affectueux et équilibrés, des règles existent. Les recherches des jeunes peuvent être encadrées.

Pour ceux et celles qui vivent dans des milieux partiellement déstructurés, voire complètement éclatés, cela va être une autre histoire. Sans cadre et sans repères, ils vont tomber sur des sites de toutes sortes, y compris pornographiques, et, pour eux, la sexualité se résumera à des séquences de pénétration, de sodomie, de fellation et peut-être même de sadomasochisme. L’affectif et les relations amoureuses ne font pas partie du film. Combien de thérapeutes et de travailleurs sociaux sont tombés sur de tels enfants, ou adolescentes pour qui le sexe est strictement mécanique !


LA QUESTION POLITIQUE AUTREFOIS

Si nous posons la question politique, c’est tout simplement parce que les conditions sociales et économiques d’un pays ont une influence considérable sur le comportement des individus. Avant Mai 68, globalement, l’idéologie dominante s’appuyait sur un État fort, représenté par un président autoritaire et un gouvernement aux ordres, bien qu’apparemment autonome. Par suite, le porteparole de l’État dans la famille était le père tout-puissant qui, à tort ou à raison, détenait soi-disant la vérité, mais surtout, de fait, le pouvoir économique et moral. Le modèle de la femme au foyer était devenu dominant, ce qui entraînait la dépendance au mari.

Dans la plupart des cas, l’homme régnait en maître au foyer. Il édictait les règles et les faisait appliquer. Le père, déifié par la psychanalyse freudienne, est le représentant de la loi. C’est lui qui s’inscrit en tiers par rapport à l’amour fusionnel de la mère et de l’enfant. Selon le mythe oedipien classique, il prononce l’interdit sexuel qui devient un tabou, celui de l’inceste. Toute infraction laisse planer la menace de la castration. Pour la petite fille, symbolisée par Électre dans la psychanalyse de Jung, l’interdit est le même.

Dans La Fonction de l’orgasme, Reich va droit au but : « La répression sexuelle est un instrument essentiel dans la production de l’esclavage économique »2 . Luigi DeMarchi, auteur de Wilhelm Reich : biographie d’une idée, développe et analyse un peu plus profondément cette réflexion : «  La répression sexuelle [est] surtout un moyen pour accentuer dans les masses le sentiment de culpabilité et de dépendance à l’égard de l’autorité établie et pour faciliter l’acceptation des sacrifices très durs qu’elle impose  »3. Nous sommes aux antipodes des Nambikwara, dont nous parlait Claude Lévi-Strauss, dans Tristes tropiques4. Ces Indiens d’Amérique centrale toléraient parfaitement les jeux sexuels des enfants entre eux. Ils ne se cachaient pas pour faire l’amour et ne condamnaient pas les relations homosexuelles.

AUJOURD’HUI

Dans nos civilisations prétendument évoluées, nous avons longtemps condamné l’homosexualité. Il a fallu la révolte des minorités opprimées pour secouer le joug et amener progressivement un début de tolérance. Le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) et le Groupe de libération homosexuelle (GLH) sont à l’origine du fait que, depuis 1982, l’homosexualité n’est plus un délit. Puis Act Up a pris le relais avec les gays et lesbiennes d’aujourd’hui.

Si nous en étions là, c’est que les religions avaient distillé leur poison. Le couple monogamique, avec la bénédiction de Dieu, était réuni pour procréer. Toute sexualité extérieure à la norme divine et étatique constituait une faute, rappelons lemot, un péché. L’adultère et les relations sexuelles avant le mariage étaient considérés comme des délits, voire des crimes, selon les catholiques intégristes. Seules étaient préconisées la continence et la chasteté.Nous avons tout de même beaucoup évolué sur ce plan, ce qui démontre bien l’importance du politique sur toutes ces questions qui relèvent pourtant du privé.

Reich, dans La Lutte sexuelle des jeunes, explique très clairement : « La misère psychique et sexuelle des enfants est la toute première conséquence de la répression sexuelle par les parents, à laquelle s’ajoutent la répression intellectuelle par l’école, l’abrutissement spirituel par l’Église et finalement l’oppression et l’exploitation matérielle par les entrepreneurs et les patrons »5.

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