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Réflexions partielles et partiales sur la vision lacanienne de la sexualité
Alain Thévenet
Article mis en ligne le 13 mai 2013
dernière modification le 15 mai 2014

par ps
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SOUVENIRS…

AUTANT LE DIRE TOUT DE SUITE : JE N’AIME PAS LACAN. Ça remonte à loin : un séjour dans une institution initiée et dirigée par une lacanienne alors fort en vogue. C’est là que j’ai entendu pour la première fois cette affirmation adressée à un gamin, souvent répétée dans un cadre institutionnel par la suite : « Ce n’est pas possible ! » alors que, concrètement, cela eût été tout à fait possible, mais était simplement défendu. Je hais l’hypocrisie, et l’invocation de la Loi, qui n’est rien d’autre, en fait, qu’un argument d’autorité, et d’une autorité transcendante…Autre souvenir : une conférence de Lacan, arrivant sur la scène d’une manière théâtrale, jetant son manteau à terre, pour se livrer à un discours totalement incompréhensible que la plupart gobaient avec une admiration béate. Ce n’était pas du surréalisme, de la poésie, ou ce qu’on voudra ; ça ressemblait aux mathématiques, mais je n’aime pas non plus les mathématiques, lorsqu’elles se rapportent aux relations humaines. J’ai perçu cela comme une posture théâtrale, séductrice, et donc autoritaire.

On ne s’étonnera donc pas si ce que je vais dire ici de la conception lacanienne de la sexualité est partial. C’est sans doute aussi partiel.

Quant au niveau formel de l’énoncé de la pensée déjà, quelque chose me gêne, en deçà même du contenu. Sauf à apparaître comme un mage tout puissant, qui possède une vérité qui échappe à son patient, ce qui d’ailleurs est peut-être la conviction de Lacan, il me paraît important que le patient soit au fait, sinon de la doctrine, du moins des principes dont on s’inspire et sur lesquels on s’appuie pour tenter de l’aider. Je ne vois pas bien comment cela serait possible avec une pensée aussi abstraite et conceptuelle que celle de Lacan… À moins de s’adresser à de super intellos, ce qui n’est pas le cas général dans une pratique d’analyste ; sauf à lui garder son caractère élitiste.

Mais si d’aventure un lacanien lit ce qui suit, il y trouvera certainement des choses à redire. Et c’est tant mieux, car je pense qu’au-delà des théories auxquelles on se réfère, il y a chez chacun des possibilités humaines de rencontre.

VENONS-EN AU SEXE

Pourtant, l’assertion lacanienne contre laquelle je pensais d’emblée m’insurger, voilà que je la trouve cohérente…« Il n’y a pas de rapport sexuel ». Hé bien, c’est vrai, dès lors qu’on se réfère à la signification mathématique du « rapport ». a+b=x (je ne rentrerai pas ici dans les nuances du grand A et du petit a, mais c’est peut-être du grand qu’il s’agit). Dans une relation sexuelle, en effet, il ne se crée pas une nouvelle entité qui effacerait les deux partenaires. Mais après l’orgasme, a est toujours a et b demeure b. Sauf que l’un et l’autre ne sont plus tout à fait lesmêmes, ils ont un petit, ou grand, quelque chose de plus ou de différent.

Mais pour Lacan, c’est de bien autre chose qu’il s’agit : d’une certaine façon, une relation sexuelle est toujours un échec. D’abord parce qu’il ne peut la concevoir (comme d’ailleurs toutes les relations humaines) que comme une tentative de possession. Une possession impossible, puisqu’il s’agit ici de l’Objet par excellence, le phallus. Et, de ce côté, c’est mal barré : les mecs vivent dans l’angoisse constante de le perdre et les femmes le voudraient bien. En bref : « l’objet est d’une part inadéquat, d’autre part se dérobe, même partiellement, à la saisie conceptuelle1 ». Là, c’est vrai : il est probable qu’en baisant, on n’a pas tellement envie de conceptualiser… Reste à se demander si c’est vraiment un problème.

Tout ça, c’est la faute à Maman. Taraudée qu’elle est par l’absence de « phallus », elle fait de son enfant son phallus, son Objet. Le pire c’est que, sur ce coup, il y a parfois quelque chose qu’on peut retrouver dans un certain nombre de situations. Mais c’est une manière de voir les choses, ou de les expliquer, qui, en en faisant une loi universelle, laisse de côté tout ce qui peut relever de l’aliénation sociale, des frustrations de lamère, de son enfance, etc. Et puis, il y a aussi un père, qui avec son « phallus », est parfois quelque peu désemparé, réduit qu’il est à représenter et à signifier la Loi. Un peu difficile, par exemple s’il a été réduit au chômage, ce qui, aujourd’hui, est considéré comme une humiliation. Par ailleurs, même si Lacan précise qu’il ne s’agit pas forcément de personnages sexués, c’est quand même réduire des personnes à des rôles ou à des représentations symboliques qu’on peut juger un peu contraignantes.

Précisons quand même que le phallus, ce n’est pas le pénis. C’est un objet imaginaire, alors que le pénis se situe dans la réalité (si, si, on peut vérifier…), « c’en est à proprement parler, la forme, l’objet érigé2 ». Du coup, le gamin, il faut qu’il se fasse une raison, ce n’est pas lui que sa mère aime : « ce n’est pas l’enfant qui est ainsi aimé, mais une certaine image3 ». Quand c’est un garçon, et que tout se passe bien, ça s’arrange, puisque « pour le garçon […], l’enfant, comme être réel, est pris par la mère comme symbole de son manque d’objet, de son appétit imaginaire pour le phallus. L’issue normale de cette situation, c’est que l’enfant reçoive symboliquement le phallus dont il a besoin4 ». Donc, tout lemonde est content en trouvant dans le réel, par le biais du symbolique, un objet imaginaire. Tout le monde dupe tout le monde, et ça marche bien comme ça. Pour la fille, c’est un peu plus compliqué,mais, de toute façon, ça fonctionne autour du manque du fameux phallus, objet imaginaire (la forme érigée, c’est joliment trouvé), recherché symboliquement dans le réel.

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