Editorial

jeudi 1er mai 2014
par  *
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LA TRANSFORMATION DE NOS MODES DE VIE SEMBLE BIEN INÉLUCTABLE
en raison des limites écologiques et économiques que nous
avons atteintes, voire déjà dépassées. Industriels et gouvernements
proposent des solutions reposant toujours plus sur l’innovation
technologique, alors même que celle-ci dégrade déjà
certaines de nos manières d’être et de penser, tout en dévastant la
planète au service d’un système à bout de souffle. En opposition à
ce modèle, des mouvements recommandent une transition vers des
formes de production, d’habitation, de consommation qui permettent
la survie de l’humanité par un nouvel équilibre écologique
et une répartition équitable des ressources.
Il n’y a pas un discours anarchiste qui s’imposerait unanimement
sur ces questions, sans doute parce que plusieurs attitudes
sont compatibles avec nos principes de refus de toute domination
et de prise en main directe de nos propres conditions de vie.Aucun
de nous n’est dupe des illusions du capitalisme prétendument vert,
qui en réalité s’autodétruirait s’il procédait à un véritable tournant
écologique. Aucun de nous n’a envie de voir s’installer une domination
étatique de plus en plus forte destinée à gérer la rareté croissante
des ressources indispensables à la vie et à maintenir leur
répartition de plus en plus inégalitaire.

Les avis divergent cependant quant à savoir si la détérioration
de la situation peut servir de stimulant à une prise de conscience
et à une réorientation forcée, à défaut d’être choisie, des modes de
vie. Ils divergent également concernant le rôle que les techniques
devraient pouvoir jouer dans cette orientation, en particulier sur la
question de savoir si tout développement technique est par luimême
destructeur de la nature et des relations humaines, ou si certaines
techniques peuvent être récupérées et adaptées à un projet
de vie compatible avec ces équilibres. La première impulsion de
ce numéro vient d’un désaccord entre deux d’entre nous sur les
projections qui nous sont offertes concernant le futur proche :
l’épuisement des ressources énergétiques va-t-il faire s’effondrer
tout le modèle civilisationnel que nous connaissons actuellement,
ou bien les puissances alliées de l’argent, de la recherche et de la
domination vont-elles trouver de quoi s’assurer la poursuite de
leur modèle ? On ne sait ce qu’on doit le plus craindre ou espérer...
Aussi, plutôt que de rester paralysés sur des prospectives difficiles
à évaluer, nous nous sommes tournés vers l’interrogation des alternatives
possibles. Non pour répertorier les initiatives débutantes,
sujet certes important mais qui est réalisé par d’autres, par
exemple autour de revues comme Silence. Plutôt pour attirer l’attention
sur ce qui, dans une telle perspective de changement, doit
être exigé etmis en place pour constituer une avancée de type anarchiste.
En tant qu’anarchistes, en effet, nous écartons toute proposition
qui maintienne ou renforce les relations de domination, que
ce soit sous ses formes les plus brutales ou sous la forme plus insidieuse
de la technocratie, de l’expertise et de la déresponsabilisation
en général ; c’est pourquoi, nos analyses insistent sur
l’importance des conditions de la décision politique.
Du côté des technologies de l’information, il est plus difficile
encore d’adopter une position tranchée. D’un côté, les moyens d’asservissement
n’ont jamais été aussi puissants : les jugements, les
désirs, les relations sont modelés par des machines qui à la fois
augmentent considérablement la puissance des aliénations déjà
existantes (celle, par exemple, de la publicité ou du discours de valeurs
dominant), et en introduisent de nouvelles (l’addiction à la
connexion permanente, la dépendance par rapport aux services
constamment disponibles en ligne, etc.). D’un autre côté cependant,
ces techniques possèdent des potentiels qui pourraient être
favorisés et développés dans une visée libertaire : mobilisation rapide d’un grand nombre de personnes pour un rassemblement
urgent (comme on l’a vu, dans une certaine mesure, lors d’insurrections
récentes), mise à la portée de tous d’une créativité partagée,
échanges de documents et même prise de certaines décisions
collectives qui permette d’éviter les nuisances des déplacements
motorisés. Est-il raisonnable de considérer que certains de ces
objets demandent une évaluation non pas absolue mais en fonction
des acteurs et des circonstances de leur production, du type de
société et de ressources qu’ils nécessitent, de la spécialisation et de
l’échelle des opérations de maintenance qu’ils impliquent, ou
encore de la convivialité et de la créativité qu’ils éveillent ?
Entre analyses critiques et exploration d’alternatives, nous tentons
de contribuer à l’esquisse d’un autre futur.

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