« Lorsque le projet n’existe pas, le geste de la révolte devient répétitif »

Conversation avec Eduardo Colombo
vendredi 31 mai 2013
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L’Organisation communiste libertaire (OCL), qui publie le mensuel "Courant alternatif", vient de mettre en ligne sur son site la retranscription et traduction d’un entretien réalisé avec Eduardo Colombo au cours des rencontres Internationales Anarchistes qui ont eu lieu à Saint-Imier (Suisse) en août 2012.

Eduardo Colombo est membre du collectif de "Réfractions".

Les points abordés tournent autour de l’organisation spécifique anarchiste, des mouvements dits spontanés nés ces dernières années et ce qu’ils signifient. Ils abordent aussi la questions des "alternatives" concrètes au sein du système en vigueur disant vouloir le subvertir, l’importance des rébellions collectives pour l’ébranlement de l’ordre établi du point de vue de ses significations imaginaires et donc pour la formation des sujets révolutionnaires, enfin un aperçu d’une réflexion en cours sur les relations individu/société qui la déplace et la reformule sur la problématisation du sujet et de la subjectivité dans leur rapport avec l’émancipation.

Cet entretien a été réalisé par une camarade du Grupo Libertario Acción Directa de Madrid.

Lorsque le projet n’existe pas, le geste de la révolte devient répétitif

Conversation avec Eduardo Colombo (Saint-Imier, août 2012)

Sur l’organisation : spécifisme et plateformisme

Gladys P.  : Quelle est ta perception du spécifisme, comme forme d’organisation qui semble être en plein essor à l’heure actuelle et sur lequel se déroule un débat important dans l’anarchisme international.

E. Colombo  : Je pense qu’il y a une situation historique particulière, qui fait que l’anarchisme n’a pas aujourd’hui l’implantation ouvrière qu’il avait à l’origine, quand le prolétariat militant s’est intégré dans les luttes sociales. Ce prolétariat est allé en se diluant dans les pays occidentaux, et a acquis un mode d’intégration que j’ai appelé, dans un article écrit il y a une quarantaine d’années, “L’intégration imaginaire du prolétariat”, dans le sens où elle était rendue possible par l’adéquation de son action aux dispositions légales, par une certaine participation à la consommation et aux élections politiques, toutes choses qui ont fait que les conditions d’une situation d’affrontement de classes de type révolutionnaires ont été diluées.

Et le problème du spécifisme est centré sur cela, dans la mesure où il n’y a pas une base sociale définie, claire, sur laquelle repose l’anarchisme aujourd’hui. Les anarchistes se trouvent dans la situation de se reconnaître entre eux, c’est à dire de former un groupe idéologique qui nécessairement amène à la formation de fédérations définies comme anarchistes spécifiques, à une structure qui – du point de vue critique d’une position non-spécifiste – a un peu la structure des partis politiques.

Pour moi, il me semble que ce qu’exprime ce conflit spécifisme/anti-spécifisme, qui fondamentalement dans l’histoire du mouvement en Amérique latine a une signification claire, est que – et c’est là une impression un peu personnelle – il se produit un amalgame, une synergie entre deux notions différentes et que les gens les utilisent comme si elles étaient la même chose, à savoir que dans la mesure où le spécifisme s’enracine et apparaît comme la seule possibilité de s’organiser, les positions plateformistes qui se cachent derrière commencent à s’intégrer ou à s’amalgamer avec le spécifisme, de telle sorte qu’en défendant celui-ci, on défend en même temps les positions plateformistes.

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L’entretien en espagnol :

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