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Élection tunisienne : Entre l’oligarchie et l’islamo-gauchisme
Propos recueillis par le collectif Lieux Communs, fin août – début septembre 2011
Article mis en ligne le 2 mai 2011
dernière modification le 8 mai 2013

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Notre camarade interviewé ici
est un ancien marxiste libertaire
influencé depuis des décennies par les idées de C. Castoriadis.
Vivant à
Tunis, il tente d’organiser politiquement des milieux qui
s’éveillent à la chose politique autour d’idées radicalement nouvelles pour le
pays et les dogmes qui y ravagent la vie intellectuelle et politique depuis des
décennies mais que le soulèvement du 14
janvier ne semble qu’a
voir à peine
écorné. Les événements et leurs suites avaient été l’objet de textes et
d’interviews ;
il nous livre ici un portrait sombre et sans concession du
paysage politique tunisien à la veille des élections du 24
octobre, en même
temps que quelques pistes d’actions et de réflexions élémentaires qui
échappent autant à la démagogie électoraliste qu’à l’extrémisme suicidaire.
On y découvre
enfin une population sans aucune expérience politique,
et aux
perspectives ingrates, qui ne se résigne pas encore à se voir confisquer une
liberté si chèrement,
et si admirablement,
conquise.

Dès le départ précipité de Ben Ali pour l’Arabie Saoudite, vous aviez qualifié
le mouvement tunisien de décembre-janvier de « soulèvement populaire » et
non de « révolution », puisque le peuple n’avait pas cherché à former des
organes politiques autonomes pour transformer radicalement leur société. Ce
diagnostic s’est largement vérifié, à la fois contre l’opinion occidentale qui se
satisfait d’une telle normalisation, et contre les gauchistes tunisiens qui
jouaient les « jusqu’au-boutistes » à des fins
politiciennes. Huit mois après les
événements, quel regard rétrospectif portez-
vous sur ces événements ? Leur interprétation est-elle un enjeu politique
aujourd’hui ?

Dès le départ on a insisté sur le
caractère spontané du soulèvement bien
que des éléments appartenant à des
groupes politiques y aient participé, y
compris nous. Mais aucune formation
politique n’avait prévu l’évolution des
évènements ni n’a eu d’influence
décisive dans le soulèvement. Notre
position est la suivante : c’est un soulèvement contre le despotisme mais qui
survient après des décennies d’apathie
presque totale et de décadence sur le
plan intellectuel, culturel, artistique... Ce
qui complique évidemment les choses et
pèse lourdement sur la suite. Par exemple
l’importance des questions relatives à
l’identité,
aiguisées par le conflit du
Proche Orient, imprègne les courants
politiques qui jouent sur ce sentiment
nationaliste,
en partie justifié,
mais qui
bloquent toute réelle ouverture à l’Occi-
dent. Il faut dire que nos intellectuels
n’ont aucune connaissance de l’évolution
des idées dans les pays occidentaux et
restent en majorité attachés à des schémas du passé,
bolcheviques, maoïstes,
nationalistes arabes, baathistes, ou inté-
gristes musulmans.

Certes, le soulèvement a, en quelque sorte, dépassé tous
ces dogmes, mais sans pour autant que
nos intellectuels ne révisent leurs
positions. Ils ont concentré leurs efforts
et actions contre les gouvernements
successifs, donc en direction des
instances politiques [par exemple les
spectaculaires manifestations à la Kasbah
de Tunis], et se livrent à des alliances
malsaines avec les extrêmes droites
religieuses, pourtant soutenues par le
régime du Qatar et les milieux financiers internationaux des pays du Golfe.

Au lieu
de profiter des possibilités offertes par le
soulèvement pour s’intéresser aux
questions de fond qui concernent la vie
quotidienne des Tunisiens (problèmes
économiques, sociaux, écologiques,
culturels...) ils s’investissent dans une
bataille politicienne qui réduit leurs
effectifs au fur et à mesure que le souffle
de l’insurrection se dissipe. Actuellement
le nombre des partis politiques reconnus
dépasse la centaine et le peuple n’a
aucune confiance en ces politiciens.

C’est vrai qu’une une véritable unité
nationale s’était créée, au lendemain du
soulèvement, et les Tunisiens étaient à la fois
fiers et très prudents.
Peut-on aujourd’hui
déceler une évolution dans le r
apport que la
population entretien avec cet acte fondateur
à
la fois victorieux et douloureux,
et
notamment son symbole, le sacrifice de M.
Bouazizi qui a tout déclenché ?

Bouazizi n’inspire plus l’unité natio-
nale, d’autant plus que des éléments
nouveaux sont venus r
emettr
e
en cause
le déroulement des évènements. Notam-
ment, on aurait découvert la mauvaise
conduite de Mohamed Bouazizi a
vec
l’agent de police, qui était une femme, et
la façon abominable a
vec laquelle il l’a
tr
aitée. La population de Sidi Bouzid
ainsi que tout le peuple tunisien a
finalement eu de la sympathie pour elle
et l’a soutenue. Aujourd’hui, ceux qui
inspirent l’unité, ce sont les centaines de
morts des différ
entes régions,
bien que
cela soit devenu secondaire, et facilement
récupérable par n’importe quel tribun. La
seule chose positive décelable, c’est
l’absence de peur
,
le dépassement de la
posture de soumission et l’unité des gens
contre les anciennes figures et responsables corrompus. [Lire la suitedoc804]




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