Réfractions, recherches et expressions anarchistes
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Quelques idées controversées
Eduardo Colombo
Article mis en ligne le 29 avril 2011
dernière modification le 29 avril 2013

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Le mot Anarchie « signifie ‘sans gouvernement’,
c’est-à-dire la vie d’un peuple qui se régule sans autorité constituée. »

Errico Malatesta


« Mais l’innovation aristotélicienne consiste dans la jonction des deux sens,
début et domination, en un même concept abstrait. »
Reiner Schürmann

Il y a des époques où la polémique est mal vue, où les
controverses, les débats d’idées, paraissent offenser la pudeur, et où
les discours contradictoires transitent en parallèle en essayant de
s’imposer par la diffusion et non pas par la raison.
Débat, discussion, dispute, controverse, querelle, éristique (erizein,
disputer), polémique (polemos, combat), nuances d’un échange gentil
ou musclé, mais nécessaire pour nourrir les arguments qui permettent
de soutenir opinions et idéaux, et modifier ou approfondir nos propres
idées.
Nous avons soutenu quelques controverses à Réfractions,par
exemple avec Philippe Garnier dans le numéro 5 de la revue (voir la
note intitulée « L’arche de Philippe ») ou avec Daniel Colson à l’occasion
de la publication de son livre Petit Lexique philosophique de l’anarchisme
(voir Réfractions N° 8 : « L’anarchisme et la philosophie » et la réponse
de Daniel). Plus récemment nous avons affronté la querelle de la
postmodernité.
C’est raisonnable, je pense, de débattre aujourd’hui en revenant sur
quelques concepts basiques qui se référent aussi bien à l’anarchie qu’à
l’anarchisme.

L’anarchie

Nous pouvons lire sans sortir des pages de Réfractions, dans un article
d’Irène Pereira3, que « la définition philosophique de l’anarchisme
désigne […] le refus de la fondation de l’ordre social sur un principe
premier, que cela soit Dieu ou la nature ». Et elle s’appuie sur
l’étymologie du mot pour attribuer à l’anarchisme une assise
philosophique dans l’absence, ou négation, de tout principe premier, en
plus de sa consubstantielle dimension politique centrée dans l’idée
d’absence de commandement.

Le mot anarchie — et plus encore celui d’anarchiste — était
totalement entaché de son sens négatif à l’époque révolutionnaire et
dans la période thermidorienne où il avait connu un usage bien nourri.
L’équation est simple, l’anarchie est le désordre, la désorganisation de
la vie sociale. « État déréglé, sans chef et sans aucune sorte de
gouvernement. » Sans chef, sans gouvernement, sans pouvoir institué,
« le peuple se conduit comme il veut », la société est livrée à la guerre
civile et au despotisme des fractions. L’an-archie étant la négation du
commandement, elle ne pouvait être donc que le chaos. L’anarchiste,
c’est alors le fauteur de troubles, le désorganisateur par excellence qui
ne reconnaît aucun maître et viole impunément la loi. « Il est des
hommes qui n’existent que par les troubles […] ennemis nés de tout
gouvernement raisonnable […] qui ne s’abreuvent que de sang, ne
respirent qu’au milieu des proscriptions et des meurtres, et dont
l’anarchie est l’élément. », s’exclame Gensonné, député de la Gironde
en 17925. Le même contenu conceptuel apparaît dans le discours
montagnard et les thermidoriens le reprendront pour accabler le
gouvernement révolutionnaire. Plus tard l’historiographie contrerévolutionnaire,
stabilisant la désignation, mettra dos à dos l’anarchie
et le despotisme en faisant de l’anarchie la caractéristique d’ensemble
de la décennie révolutionnaire.

En 1840 Proudhon adopte le mot anarchie, et le retourne d’une
manière inédite jusqu’alors pour conclure que « comme l’homme
cherche la justice dans l’égalité, la société cherche l’ordre dans
l’anarchie ». En s’appropriant le mot de façon positive il ne manque
pas de donner aussi la définition classique : « Anarchie, absence de
maître, de souverain »6. Mais Proudhon dénonce en même temps le
corollaire forgé par le préjugé et l’habitude : « et par suite désordre et
confusion », comme dira encore le Littré en 18857.

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