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Les autonomes et le sujet révolutionnaire
Jean-Octave Guérin-Jollet
Article mis en ligne le 29 avril 2011
dernière modification le 29 avril 2013

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« Imaginons que […] quelques-uns décident, en raison de rencontres, d’expériences
ou de lectures, de se faire révolutionnaires. S’ils sont sincèrement attachés à l’idée
révolutionnaire, ils ne resteront pas longtemps aux parages des organisations
militantes […] et ils iront rejoindre les cortèges de ceux que leurs adversaires
appellent les ‘’autonomes’’, organisés ou pas. Parce que là […] subsiste encore la
possibilité d’une pensée politique qui ne gèle pas aussitôt en orthodoxie. Et surtout
parce qu’y subsiste la possibilité que l’action politique ne soit pas séparée par un
gouffre de ce qu’aura pensé cette pensée. »

« Mais vous êtes combien ? Je veux dire… nous, le groupe. — On n’en sait rien. Un
jour on est deux, un autre vingt. Et parfois on se retrouve à cent mille. » 2

Dans le cadre de notre recherche universitaire sur les groupes
et individus autonomes en France dans les années 1980-1990,
nous sommes amenés à aborder de nombreuses questions tant
pratiques que théoriques qui touchent à l’histoire de l’autonomie politique.
Aborder la totalité des positions des autonomes en ce qui concerne le
sujet révolutionnaire n’est pour autant pas possible. Nous proposons dans
un premier temps de revenir sur l’autonomie politique afin de mieux cerner
les particularités de celle-ci, qui se distingue à tous les niveaux des autres
composantes de l’extrême gauche. Nous donnerons ensuite deux exemples
de positions idéologiques que l’on peut retrouver chez les autonomes sur
la question du sujet révolutionnaire. Enfin, nous analyserons quelles sont
les raisons mises en avant par les autonomes eux-mêmes pour expliquer
leur approche de cette question.

L’aire politique de l’autonomie :
un ensemble de pratiques.

En France, l’autonomie politique est une
composante méconnue voir ignorée de
l’extrême gauche3. En dehors d’une
apparition médiatisée entre 1977 et 1979,
les autonomes ne semblent plus, selon
leurs détracteurs, représenter aujourd’hui
une réalité politique tangible et visible. De les années 1980-1990 est controversé. Un
grand nombre de ceux qui ont occupé le
devant de la scène politique, durant la
« période d’apogée médiatique du
mouvement », estiment que l’autonomie
n’a pas survécu à l’arrivée de la gauche au
pouvoir en 1981 et à l’émergence de
l’organisation Action Directe. Pour ces
autonomes, la manifestation des
sidérurgistes lorrains du 23 mars 1979
constitue en quelque sorte le dernier acte
de leur « mouvement », né de ce que
certains qualifient, encore aujourd’hui, de
décomposition du « gauchisme postsoixante-
huitard ».

Il est important de souligner que l’étude
et la perception de l’aire politique qu’est
l’autonomie est rendue particulièrement
difficile par plusieurs facteurs qui peuvent
expliquer pourquoi il existe aussi peu
d’études : l’absence d’archives ou leur
extrême fragmentation, la dimension
protéiforme de cet ensemble de groupes et
d’individus et le rapport ambigu que les
autonomes entretiennent avec l’expérience
militante passée. Pour reprendre les mots
d’Isabelle Sommier, « se pose la difficulté
de penser la continuité dans la rupture » 4.

À cela s’ajoute une autre difficulté, celle
de mettre à jour des modes d’organisations
et d’actions qui ne correspondent pas du
tout aux schémas politiques traditionnels.
Ainsi, les autonomes refusent les structures
organisationnelles centralisées ou décentralisées,
à la source selon certains autonomes
du « sectarisme léniniste » (Gauche
Prolétarienne) ou d’une « dérive institutionnelle
qui guette le mouvement
révolutionnaire » (Ligue Communiste
Révolutionnaire). Un rejet qui se prolonge
dans la dénonciation de la « discipline
militante », de l’encadrement hiérarchique
ou non, de la mise en concurrence entre
différents groupes. Le militantisme n’est
plus, pour eux, le moyen de devenir un
révolutionnaire, il est devenu le « stade
suprême de l’aliénation ». Surtout, les
autonomes se distinguent par leur volonté
de s’extérioriser de toute conquête de
pouvoir. Pour eux, le pouvoir introduit tout
un ensemble de domination et ce peut
importe par qui il est détenu. On est là en
totale opposition avec le reste de l’extrême
gauche qui est pour sa part structurée en
organisations plus ou moins hiérarchisées,
plus ou moins centralisées mais surtout qui
font de la conquête du pouvoir, de manière
légale ou non, un passage obligé du
processus révolutionnaire.

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