Une nouvelle Internationale ?

Pierre Sommermeyer
jeudi 26 avril 2012
par  *
popularité : 9%

Est-il vraiment nécessaire de répéter,
encore
et encore, que le
monde a changé et pas seulement parce qu’aujourd’hui n’est pas
hier mais par
ce qu’il arrive que des événements aient des
répercussions bien plus importantes que l’on ne pense au premier abord ?

L’une des caractéristiques de la société moderne, je crois que l’on peut
dire
même que c’est sa car
actéristique première, est l’interconnexion de
tout ce qui peut se passer avec le reste du monde, affirmation contenue
dans cette affirmation, le battement d’ailes d’un papillon, etc. Ce que l’on
appelle l’effet papillon peut s’appliquer de façon universelle et pas
seulement au domaine météorologique ou à la théorie du chaos. Quoique
dans cette dernière hypothèse il convienne de constater que, vu l’état du
monde,
il y a bien plus de papillons qui battent des ailes que l’on veut bien
le penser.

Le passage du
XXe
au
XXIe
siècle,
au-delà de la simple chr
onologie,
se
car
actérise par l’accumulation de mutations qui ont des conséquences
importantes non seulement en tant que telles mais encore par leur
inter
connectivité comme par leur collision en série.

Quand la chute des Twin Towers rencontre celle du mur de Berlin, quand
le réchauffement climatique, avéré ou pas, rencontre la mondialisation et
la crise financière,
quand la décroissance se confronte à la faim dans le
monde et aux appétits nationalistes des pays émergents, quand Internet
permet au capitalisme cognitif de fructifier, quand les génocides sont
contemporains d’indiscutables progrès médicaux, l’analyste comme le
militant qui voudrait comprendre ce qui se passe sont obligés de jouer de
plusieurs instruments, d’utiliser nombre d’outils d’analyse différents. Mais
rien n’est possible si l’on ne prend en compte le fait que la conjonction de
tous ces éléments augure
d’une rupture
qui ne peut que nous laisser
dubitatifs quant à notre capacité de faire face aux enjeux de civilisation.

L’énumération faite plus haut, si elle laisse rêveur quant à l’espace balayé, 6
n’est pas close. Quand les questions de
genre rencontrent la capacité techno-
logique de procréation « assistée », le
questionnement sur les changements en
cours ne peut se satisfaire de simples
réponses esthétiques. Si je pense que
l’anarchisme est la seule philosophie
capable de répondre à ce défi, c’est parce
qu’elle est la seule théorie en marche, en
devenir, forte à la fois de ses militants
engagés d’une façon ou d’une autre dans
ce monde mouvant, et forte de ces mêmes
militants dont une bonne partie tente de
réfléchir à ce qui est en cours. Cette
diversité est sa force, même si elle fait
hurler bon nombre d’anarchistes désireux
d’unité.

Pensée et action,
le nom du groupe
où l’anar
chiste belge Hem Da
y
exerçait son
magistère, n’a rien perdu de son actualité.

La chute du Mur ou la fin
d’un totalitarisme

Ce qui incarna la moitié du monde
pendant près de cinquante années, qui
porta les espérances de centaines de
millions de gens depuis 1917,
s’est év
anoui
sans combattre. Contrairement à ce que
d’aucuns soutiennent, cette disparition a
laissé nombr
e
de scories.

La plage que la
marée stalinienne a découverte est jonchée e débris dont l’idée de révolution n’est
pas la moindre. Au nom de la révolution
mondiale, au nom de la libération de
l’humanité tout entière, un système de
pouvoirs a tué des millions d’individus,
opposants politiques ou juste présents là
où il ne fallait pas. Ce faisant, il a, et pour
longtemps, associé révolution et meurtres
de masse. Sous ce détournement, le
système stalinien a décervelé les popu-
lations qui y étaient soumises et qui n’ont
pu ou voulu y résister
.

Malgré cela, un
regret du temps passé a surgi sous une
forme presque caricaturale. Cette
« ostalgie »
qui fait les plaisirs de nombre
de médias ne fait que ressortir cette
capacité d’oubli de l’espèce humaine qui
aide à survivre
mais qui n’est pas autre
chose qu’une forme de mensonge que l’on
se fait à soi-même. Regretter le bon temps
où,
dit-on,
l’amitié était le seul sentiment
qui pouvait s’exercer, c’est oublier la
prégnance de la dénonciation permanente
qui était de
venue,
plus qu’une obligation
policière, un mode de vie. Parmi les
décombres du stalinisme, on trouve la
soumission à l’autorité comme l’évitement
permanent, habitudes prises pendant de
décennies sous le joug de persécutions
sans nombre.

Sur le lit de cette disparition,
les anciens grands prêtres du mensonge
religieux stalinien ont fait leur beurre
avec
la brutalité apprise dans les séminaires
communistes. La différence entre les
nouveaux oligarques orientaux et les diri-
geants occidentaux n’est pas de nature
mais d’intensité. La disparition de l’alter-
native soviétique,
aussi illusoire, folle,
meurtrière qu’elle ait été, a la même
conséquence de part et d’autre de l’ex-
rideau de fer : développement de la
soumission et de l’évitement.

(lire la suite->doc781]

PDF - 148.3 ko