Les assemblées générales, école de démocratie ou terrain de jeux pour managers en herbe ?

jeudi 21 avril 2011
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Dans le mouvement d’octobre 2010, l’intersyndicale s’en est
tenue au minimum. Sur le fond, elle s’est bornée à réclamer le
statu quo concernant le système de retraites. Sur la forme, elle
s’est bornée à exiger l’ouverture de négociations que le gouvernement lui
a obstinément refusées. Cette position a été jugée insuffisante par une
partie de la population, qui estime que les attaques répétées de
l’oligarchie méritent une réponse plus ample. Une partie des salariés s’est
interrogée sur la stratégie de l’intersyndicale (espacement des journées
d’action, isolement des secteurs les plus déterminés). Certains n’y ont
vu qu’un dysfonctionnement. D’autres, comme nous, un sabotage. Cela
les a poussés à essayer de s’auto-organiser hors des actions proposées par
les syndicats.

Malgré l’ampleur des manifestations, ces assemblées alternatives
n’ont réussi à attirer qu’une part insignifiante des gens impliqués dans le
mouvement social. Elles n’ont pas débordé la routinière contestation
officielle. Les syndicats sont sortis du mouvement la tête haute, en
accréditant le message qu’« on s’est bien battus », occultant une défaite
cuisante alors même qu’à aucun moment ils n’ont perdu le contrôle du
mouvement.

Cet échec interroge tous ceux qui ont participé aux « AG interpro » et
autres « AG des AG » qui se sont tenues un peu partout en France.

Tous
ne tireront pas les mêmes conclusions. Derrière le rejet commun des
politiques syndicales, ces AG ont rassemblé des gens dont les opinions
allaient de la foi en l’action syndicale au rejet de syndicats jugés
corrompus du sommet à la base.

Le point de vue de ce texte est celui de
notre petit collectif Lieux communs, qui
vise l’autonomie des individus, groupes et
sociétés. Les assemblées générales qui
apparaissent au cours des mouvements
sociaux sont essentielles pour nous, car
elles peuvent être les embryons d’une
démocratie radicale. Encore faut-il en
comprendre les pièges et les enjeux. C’est
l’objet du texte Pour des assemblées
générales autonomes
que nous avons écrit
et diffusé au cours du mouvement. Nous y
avons souligné combien les AG peuvent
être des écoles de pratiques collectives et
de démocratie directe, des lieux où se
retissent les liens entre les gens. Mais
nous avons aussi dit qu’elles sont par
définition des lieux de pouvoir. Si ce
pouvoir n’est pas partagé, c’est qu’il est
confisqué par une minorité. Nous avons
détaillé les manipulations dont les
syndicats, partis et groupuscules sont
coutumiers pour confisquer l’AG et y
plaquer des schémas idéologiques qui
n’ont rien à voir avec les aspirations des
participants. Nous avons dit qu’il faut
combattre les noyauteurs, mais aussi
combien le vide laissé par leur départ peut
effrayer des gens peu habitués à prendre
des décisions collectives. C’est le plus
difficile. Des AG autonomes nécessitent
une vigilance perpétuelle,l’analyse lucide
des situations vécues, la mise à nu des
relations de pouvoir, afin que celui-ci soit
partageable et critiquable. Nous avons
ensuite énoncé quelques principes tirés de
l’expérience avant de conclure que les AG
sont héritières des formes de démocratie
directe depuis la révolution de 1789.

Voilà pour notre vision des AG. Pour la
pratique, les différents membres de notre
collectif ont assisté à diverses AG en
région parisienne.

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