Pourquoi Réfractions ?

mercredi 16 mai 2012
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Réfractions nait à un moment où les anarchistes occupent de nouveau la rue, ainsi que l’ont signalé à plusieurs reprises des journalistes incrédules.

En effet, depuis quelques années, les drapeaux noirs, les drapeaux rouge et noir, les banderoles aux slogans libertaires ont jailli, allumant les regard des passants, éveillant l’intérêt lors des manifestations. De plus, quantité de livres traitant de l’anarchisme avec plus ou moins d’objectivité, de pertinence et de capacité critique, mais toujours passionnés, sont apparus à la devanture des librairies.

Les libertaires eux-mêmes, en quelques oasis préservées, ont réussi à produire, à fabriquer, à éditer des ouvrages d’importance non négligeable, mais aussi des brochures, des vidéos et des films qu’il diffusent vaille que vaille. De nouvelles revues, des journaux sont nés...
Depuis longtemps s’exprimait le désir de publier une revue de réflexion critique, une revue théorique largement ouverte à tout questionnement anarchiste et qui aurait pour ambition à la fois le politique, le social et le culturel.

Le relatif succès du colloque de Grenoble de mars 1996 sur la Culture libertaire transforma ce désir en besoin, ce besoin en nécessité. Nécessité d’approfondir des questions de plus en plus posées à l’intérieur du mouvement libertaire, à savoir si ms instruments d’analyse, nos paradigmes, nos principes, nos objectifs, etc., correspondaient encore à ce due nous sommes, à ce que nous voulons être. Nécessité qui vient du constat que l’anarchisme social, philosophique, psychologique, scientifique, militant, que l’anarchisme à la hauteur de l’individu, de l’être humain tout simplement, ne peut plus se contenter de se ressourcer à des oeuvres qui datent, ne peut plus se nourrir de fonds de tiroirs. Ce constat fait depuis une vingtaine d’années, on a, depuis, assisté à un renouvellement de la pensée libertaire en plusieurs domaines, et ce avec la volonté de ne pas se laisser aller à la nostalgie d’un passé héroïque. De nouvelles analyses politiques, sociologiques, philosophiques, anthropologiques, etc. ont été proposées. Des chercheurs libertaires ont pu au travers de leurs travaux ouvrir la voie à ce renouvellement d’une culture qui, en fin de compte, n’a rien à envier aux autres courants de pensée, dominants ou marginaux, quels qu’ils soient.

C’est à partir du constat de cette polyphonie de voix libertaires qui s’exprimait enfin que s’est constitué un réseau informel, réseau qui a dégagé des énergies multiples, des intérêts divers, des préoccupations divergentes, réseau qui s’est mis en mouvement, réseau qui a voulu réunir ce qui était dispersé.

Après quelques réunions, quelques palabres animées, quelques tâtonnements, mais aussi des difficultés d’organisation, l’objet-revue a fini par se concrétiser, et nous sommes maintenant en mesure de travailler sur les questions qui peuvent agiter les anarchistes d’aujourd’hui à l’aube du troisième millénaire.

Nous n’avons pas fait d’études de marché pour savoir à qui pourrait s’adresser le produit que nous mettons en route. C’est d’abord, pour nous, un outil de travail pour développer une culture qui est la nôtre. Notre but, en touchant le plus grand nombre, c’est d’ouvrir tous les champs du possible et de l’impossible.

Sans complaisance idéologique aucune, nous veillerons donc à la remise en cause constante de la réalité du monde que l’on veut nous faire accepter, mais aussi à la remise en question de nous-mêmes quand nous traînons un passé dépassé. Notre but, c’est d’être prêts, de façon libertaire, à participer aux transformations sociales à venir.

Dans la mesure du possible, la revue sera préparée collectivement par des discussions préalables lors de réunions de travail. Ce numéro 1 de Réfractions - et en cela il est révélateur de nos difficultés - n’est pas à proprement parlé né de cette dynamique que nous essayons de mettre en place. Les participants sont pourtant, pour la plupart, acteurs du réseau dont nous parlions plus haut. Ronald Creagh s’en explique plus loin.

Si une revue sans lecteurs n’a pas de sens, une revue sans lecteurs qui participent pleinement à ses activités n’a pas lieu d’être. Nous en appelons donc à toutes contributions intellectuelles, artis¬tiques, etc.

Les Amis de Réfractions