Roger Dadoun, l’Erotisme, 2003, Que sais-je ? PUF, 128 p.

jeudi 30 juin 2005
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Ce n’est pas la collection « Que sais-je ? » qu’il fallait offrir à un Roger Dadoun traitant de l’érotisme, mais une encyclopédie en couleur. C’est pour le moins en érudit, amoureux d’une langue populaire autant que savante, même dans cette étude resserrée, sélective à l’extrême, qu’il aborde son sujet. Si le titre reste en deçà du texte, seul l’éditeur, sans doute, doit-il être tenu pour responsable de cette réserve.

Pour être court, à la base, trois pièces anatomiques avec leurs fonctions biologiques respectives : la bouche, l’anus et le sexe (dual). On aura oublié le cerveau
sans qui il n’y aurait pas d’orchestration possible de la musique érotique ou pornographique.
Dans une première partie, attendue, c’est d’abord un panorama quand même très choisi de la peinture érotique que nous fait découvrir Dadoun, qui explore
ce domaine en visitant un certain nombre d’artistes plastiques : Jérome Bosch, Michel-Ange, Klimt, Picasso, etc., c’est pourtant Duchamp (Rrose Sélavy : Eros, c’est la vie) qui semble le préféré. Dadoun en est un fin connaisseur.

On devra donc tourner les pages de ce petit volume de la main droite tout en compulsant des livres d’art de la main gauche ou, en voyeur, errer dans les musées à la recherche des toiles analysées.
Avec quelques pages consacrée à la littérature, l’érotisme glisse plus facilement vers la pornographie car, la plume à la main a toujours laissé moins de prise au censeur que le pinceau sur la toile. C’est moins vrai à notre époque. Les œuvres
de Sade, de Fourier, de Jarry et de bien d’autres sont donc effeuillées avec soin.

La photo, technique facile (clic clac !), directe, moins demandeuse de savoir-faire acquis laborieusement, ouvre la voie à une représentation de la pornographie accessible à tous : les justiciers de l’ordre moral seront donc vite débordés. Et puis viendront le cinéma et ses films classés X.

L’être humain, « empire du milieu » entre l’ange et la bête est rien moins qu’angélique pour Dadoun. Si l’obscène s’ouvre au sublime, l’amour fou tient peu de place dans ce trop court traité.

L’éros, tel un « feu créateur », non marchandisé, offre un potentiel de subversion libertaire quand on l’éclaire de la dimension révolutionnaire de la psychanalyse. Une voie est ainsi ouverte à une vie plus ample, à la créativité, à une belle révolte peut-être inutile qui fait la nique au néant.

André Bernard