Horst Stowasser

(7 janvier 1951-29 août 2009)
jeudi 10 septembre 2009
par  *
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La canne à la main, le cigare aux lèvres, l’enthousiasme au corps, Horst était de la famille des « trimardeurs », des propagandistes anarchistes infatigables.

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Elevé en Argentine, terre de ses premiers engagements, il était rentré étudier en Allemagne au moment où naissait un nouveau mouvement anarchiste. Avec son frère Klaus, il se lançait dans l’imprimerie et l’édition, puis créait en 1971 un centre de documentation qui s’installait avec lui à Wetzlar, inséré dans un projet communautaire. Il nouait rapidement des contacts dans toute l’Europe, publiait des brochures et des périodiques bricolés, participait à des réunions internationales : à Lausanne, il est venu une première fois en 1972 parler de l’Allemagne au colloque Société et contre-société, une dernière fois à la réunion de la FICEDL (Fédération internationale des centres d’études et de documentation libertaires) et pour l’anniversaire du CIRA, il y a deux ans.

Les obstacles pour lui étaient autant d’occasions de changement. L’idée du «  Projet A », l’investissement d’une ville moyenne par une série de collectifs pratiquant une activité rémunératrice et un travail militant complémentaire, c’était de sa vie qu’il l’avait tirée, lui qui faisait de l’édition et du graphisme tout en accueillant les lecteurs à « das AnArchiv ». Il s’impliquait aussi fortement dans la vie locale, le travail avec les immigrés de langue espagnole, la question du logement.

Les difficultés et les conflits n’ont pas manqué, mais il ne donnait pas l’impression d’en être trop affecté. Même quand la maladie le faisait disparaître un temps dans sa tanière, il a toujours relevé la tête. Jusqu’au dernier projet, visionnaire et réalisé : l’achat collectif et la réhabilitation d’un énorme groupe de maisons historiques près de Neustadt, le Eilardshof, pour y vivre et y travailler avec toutes les générations et offrir un accueil aux plus jeunes et aux plus âgés, un exemple pratique d’entraide.

Son premier livre à succès, Leben ohne Chefs und Staat (Vivre sans chefs ni État, 1986), est écrit dans le même esprit du « double projet » : il y raconte des épisodes de l’histoire des anarchistes, dont il tire des leçons pour les « débutants », une pédagogie de l’action directe et de l’éthique. Un de ses derniers livres, intitulé bravement Anarchie ! (2007), a été pendant plusieurs semaines sur la liste des meilleures ventes d’essais en Allemagne, et accompagné par des tournées inlassables de conférences et de débats.

Une des dernières photos de l’album Ciao Anarchici, sur la rencontre internationale de Venise en septembre 1984, montre Horst en train de danser, avec sur ses épaules une jeune fille qui brandit un drapeau noir, faisant revivre la photo iconique de Mai 68 à Paris.

Marianne Enckell, CIRA
(Centre international de recherches sur l’anarchisme, Lausanne)
- >http://www.cira.ch]


Portfolio

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