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Uri Gordon
Anarchisme, nationalisme et nouveaux États
Article mis en ligne le 4 décembre 2008

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Le conflit entre la Palestine et Israël est à l’ordre du jour
politique ; il existe un engagement anarchiste significatif dans les
campagnes de solidarité avec les Palestiniens ; pourtant, de
manière surprenante, les rares contributions anarchistes en anglais sur
la question sont, au mieux, inappropriées par rapport aux expériences
concrètes et aux dilemmes des mouvements présents dans la région.
Dans le pire des cas, elles s’écartent complètement de l’anarchisme.
Ainsi Wayne Price, plateformiste états-unien, tombe dans un langage
très rudimentaire quand il proclame :

« À travers la fumée et le sang d’Israël et de la Palestine des temps actuels,
un argument doit être clair : Israël est l’oppresseur et les Arabes palestiniens
sont les opprimés. Par conséquent les anarchistes, et toutes les
personnes décentes, devraient être du côté des Palestiniens. Les critiques
de leurs dirigeants ou de leurs méthodes de combat sont toutes d’ordre
secondaire ; et aussi la reconnaissance du fait que les Juifs d’Israël sont
également des personnes et ont aussi certains droits collectifs. La première
démarche, toujours, est de se tenir avec les opprimés quand ils se battent
pour leur liberté. »2

Ce n’est pas être anarchiste que de demander à tous les gens
honnêtes de voir l’humanité des autres et leurs droits collectifs comme
secondaires par rapport à quoi que ce soit – peu importe quoi.
Comment la prise de position de Price tient-elle compte de la distinction
entre le gouvernement israélien et les citoyens israéliens, ou de la
solidarité avec les Israéliens qui luttent contre l’occupation et l’injustice
sociale ? Ces Israéliens n’agissent certainement pas pour « se ranger
du côté des Palestiniens », mais plutôt par un sens de responsabilité et
de solidarité. Pour ceux d’entre eux qui sont anarchistes, c’est aussi
clairement une lutte d’auto-libération d’une société militariste, raciste,
sexiste et par ailleurs inégalitaire. L’indifférence totale de Price envers
ceux qui interviennent consciemment contre l’occupation et les
multiples conflits sociaux au sein de la société israélienne repose sur des
affirmations très générales sur la façon dont « le nationalisme aveugle
mène chaque nation à se voir et à percevoir l’autre comme un bloc
monolithique ». Cependant les gens qui vivent de l’intérieur un conflit
sont rarement aussi naïfs – l’auteur ne fait que projeter sa propre vision
extérieure en noir et blanc, et la face présentée comme noire est
assujettie à un langage primaire et déshumanisant3. Malheureusement,
ce genre d’attitude est devenu un phénomène répandu dans le discours
du mouvement européen et américain de solidarité avec la Palestine et
plus largement au sein de la gauche : c’est ce que les anarchistes ont
démontré être une forme typiquement gauchiste de judéophobie ou
d’antisémitisme4.

En attendant, Price a tellement confiance dans sa propre perspicacité
à établir une solution juste et appropriée, qu’il s’autorise à élaborer des
programmes et à poser des exigences jusqu’au plus petit détail : retrait
israélien unilatéral aux frontières de 1967, un État palestinien et le droit
de retour, aboutissant à une sorte de fédération des communes de type
« démocratique-laïque » ou « binationale », avec « un genre d’économie
autogérée et non capitaliste ». En attendant, « il nous faut soutenir la
résistance du peuple palestinien. Il a droit à l’autodétermination, c’està-
dire de choisir ses meneurs, ses programmes et ses méthodes de
lutte, quoique nous puissions en penser ». Un chèque en blanc, par
conséquent, aux attentats suicides et à n’importe quelle élite
palestinienne présente et future.

Le ton impératif de la déclaration soulève la question de savoir à
qui le « nous » de Price adresse des exigences aussi élaborées. À l’État
d’Israël, avec peut-être à l’appui la puissante menace d’occuper les
ambassades et de boycotter des universitaires, des oranges et des
logiciels ? Ou peut-être à la communauté internationale, ou encore à
l’État américain ? Dans tous les cas, cette « politique d’exigences » est
une reconnaissance injustifiable du pouvoir de l’État et sa légitimation
par le fait même qu’elle s’adresse à lui – stratégie bien éloignée de
l’anarchisme.

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