La société, la pensée et le cerveau

mercredi 5 novembre 2008
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« Le cerveau est dans le crâne, mais la pensée est dans le monde. »

Est-ce que nous vivons une époque de régression idéologique
et conceptuelle qui nous rapproche d’un nouvel âge
des ténèbres
, dualiste, spiritualiste, où revient en force une
métaphysique des « formes substantielles », ou des « substances
immatérielles », ou des « essences séparées », incorporelles ?
Ceux qui assimilent toute critique de l’idéologie scientiste – et sa
prétention à l’objectivité, séquelle d’un réalisme naïf –, au postmodernisme,
et voient dans le post-modernisme une idéologie
anti-scientifique, semblent le redouter.

Alors, est-ce qu’on est en train de reculer de plusieurs siècles,
ou bien est-ce une impression fausse ? En inversant la perspective,
je dirai que nous assistons, sûrement, à une régression de quelques
décennies, conséquence d’un effet pervers des énormes avancées
scientifiques particulièrement en génétique moléculaire, et en neurosciences.
Mais ce n’est pas trop grave. C’est l’éternelle tendance
pendulaire de l’histoire.

Bricmont nous dit :
« Une partie de la critique des sciences s’est déplacée sur la critique
de notions telles que l’objectivité et la rationalité. On a parfois
l’impression, lorsqu’on lit certains textes philosophiques liés à cette
mouvance, qu’on a reculé de plusieurs siècles pour retomber dans un
idéalisme où tout n’est que représentation, discours, langage et où
le réel n’existe qu’entouré de guillemets. Contre cette démarche, il faut sans cesse répéter certaines évidences
 : ce ne sont pas les hommes qui
ont créé le monde, mais le monde qui a
produit les hommes ; ceux-ci sont apparus
suite à une évolution qui n’a été possible
que parce que notre univers
possède une certaine structure physicochimique.
Et c’est le cerveau qui produit la
pensée, pas l’inverse. »

Les bras m’en tombent face à une
vérité aussi forte et solide. Par contre,
mon esprit reste vif, et je me demande : le
problème ne serait-il pas ailleurs ?

Le cerveau qui produit la pensée a
besoin de son produit pour connaître
quelque chose. Lui, seul, fruit de l’évolution
naturelle, « sait » sûrement beaucoup
de choses, mais il ne connaît pas les
choses qu’il sait, il n’a pas l’intellection
du monde humain. Pour avoir ce type de
connaissance réflexive, le cerveau de
l’homme doit apprendre à parler, et il a
besoin de quelqu’un qui le lui apprenne.
Seul, il reste idiot.

Encore, pour savoir que c’est le cerveau
qui pense, il faut le penser. On ne l’a
pas su de tout temps. Le premier, peutêtre,
à avoir laissé dans l’histoire une
trace de cette idée fut Alcméon de
Crotone (VIe-Ve av. J.-C.)2, qui considérait
que l’hégémonique (hegemonikon ou
partie directrice de l’âme, conscience ou
intellect) avait son siège dans le cerveau.
Après lui, Hippocrate de Cos (460-370
av. J.-C.) pensait aussi que le cerveau était l’organe central de la raison, en dépit
d’une très vieille tradition signalant le
diaphragme (phrénos) comme siège de
l’âme ou de l’intelligence, d’où la phrénitis
ancienne (délire et fièvre), dénomination
nosographique qui a survécu
pendant de longs siècles. Hippocrate
nous a laissé la description suivante des
fonctions cérébrales :

« Il faut savoir que, d’une part, les
plaisirs, les joies, les ris et les jeux, d’autre
part, les chagrins, les peines, les mécontentements,
et les plaintes ne nous proviennent
que de là (du cerveau). C’est
par là surtout que nous pensons, comprenons,
voyons, entendons... C’est
encore par là que nous sommes fous, que
nous délirons, que des craintes et des terreurs
nous assiègent... »

Aujourd’hui, la connaissance du système
cérébral s’est développée considérablement,
surtout durant les vingt
dernières années. Nous savons beaucoup
de sa structure et de ses fonctions malgré
son énorme complexité. Il contient environ
cent milliards de neurones, et le cortex,
récemment apparu dans l’évolution,
est formé par trente milliards de neurones
et un million de milliards de synapses.
En gros, deux types différents de
systèmes s’articulent dans la structure du
système nerveux, l’un, plus primitif du
point de vue évolutif, est l’ensemble
constitué par le tronc cérébral et le système
limbique. De lui dépendent l’appétit,
les comportements sexuels et de
défense apparus au long de l’évolution ; il
se trouve lié aux systèmes endocrine et
neurovégétatif. L’autre est le système thalamo-
cortical qui est apparu plus tard
dans l’évolution naturelle pour s’occuper
de la catégorisation du monde extérieur à
l’organisme.

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Commentaires  (fermé)

dimanche 1er mai 2011 à 18h17

Ce texte semble venir valider l’utilité de la sémiotique dans la compréhension du corps social.
A quand une analyse de la sorte sur le système politique, on se rendrait vite compte des anomalies sémiotiques dont il recèle.