A propos du numéro sur l’Ecologie

dimanche 23 mars 2008
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Texte trouvé sur le site de Décroissance Info dont la présentation dit :

Bienvenue ! Ce site est dédié au terme « décroissance ». Son but est de proposer une plateforme collaborative pour exposer les diverses perspectives parfois contradictoires dont se réclament les non moins divers objecteurs de croissance. Si vous ne situez pas encore ces notions, nous vous conseillons de commencer la visite par notre foire aux questions. N’hésitez pas à participer aux forums, vous pouvez également proposer un article...

Bonne visite et joyeuse décroissance !

- Le numéro 18 (printemps 2007) de la revue Réfractions, recherches et expressions anarchistes, porte sur « Ecologie, graines d’anarchie » , 12 e.

Enfin une approche de la décroissance qui allant vers le paradigme de l’autonomie et de l’auto-organisation, romp totalement avec la technocratie d’Entropia (qui a délibérément décidée de discutailler avec les comiques altermondialistes de Gorz à Guibert et Harribey ; et de se vautrer dans la réflexion sur des propositions de politiques publiques) et l’universalisme chrétien de La Décroissance.

D’ailleurs d’emblée l’éditorial du numéro annonce clairement la couleur : « la rhétorique de la croissance durable n’est qu’un écran de fumée. La croissance continue supposée par le capitalisme ne sera jamais durable !

Mais un discours sur la décroissance qui suggérerait que tout le monde doit resserrer sa ceinture de quelques crans, les exploités comme les exploiteurs, serait inacceptable : prendre au sérieux la crise de l’environnement exige donc de remettre en question non seulement la croissance, mais aussi le capitalisme » (p.3).

On regrette pourtant que cette revue en reste toujours à une bécasse critique du capitalisme, sans en venir à une critique de l’économie tout court (cf. de Jappe, Guy Debord, Denoël, 2000 ou Les Aventures de la marchandises, Denoël, 2003. Et plus encore Michel Henry, Marx, 2 tomes, Gallimard, 1991, 1976). Mais passons.

Face aux problèmes environnementaux, longtemps niés ou minimisés, les États, les groupes industriels et financiers proposent une « croissance durable » que l’on sait non viable. Un « capitalisme vert » vient transformer en profits les préoccupations écologiques des populations.

Peut-on imaginer des réponses non technocratiques, non autoritaires à la crise écologique majeure d’aujourd’hui ? Dans cette perspective stimulante que ne se sont jamais posés les zozos de la décroissance, Réfractions analyse des expériences et explore des pistes (un long article très bien fait sur l’expérience de « Longo Maï ») montrant que les exigences de la sauvegarde de l’environnement et celles du changement social vont de pair. Pierre Sommermeyer revient dans un article sur la question centrale d’un risque technocratique au sein de la mouvance-auberge espagnole de la « décroissance » : « Etat vert et capitalisme vert sont les alliés qui mettront en place une décroissance inégale, imposée et désirée » (p. 62).

Et c’est peu dire que certains parmi les décroissants, ont déjà retroussé bien haut leurs manches. En effet, les prises de positions planificatrices de Bernard Guibert, politiciennes du journal La Décroissance, ou encore les politiques publiques du PPLD, le revenu maximum de décroissance d’Hervé Kempf, comme les écolo-taxes ou les solutions proposées par François Schneider et plus encore par Serge Latouche (on verra dans l’ouvrage de Guy Bernelas ici signalé, les critiques qui sont faîtes à cet auteur), sont marquées par un idéalisme politique quand ils ne font pas que réclamer des mesures radicales qui nécessiteraient un Etat fort (cf. l’excellent article de C. Tarral et notamment sa version revue dans le n°7 de Notes et Morceaux choisis) qui contraindrait la croissance économique et organiserait une sorte d’économie de survie déjà réclamée en 1974 par « l’ex-technocrate » René Dumont, comme disait Bernard Charbonneau.

Pour résumer ce que serait la société de décroissance selon nos idéologues : le pays de la joie technocratique de vivre ! B. Charbonneau déjà dans le Feu vert disait que cette sur-organisation écologiste de l’économie aurait pour prix celui de la perte de liberté. Denis Baba - seule personne qui semble désormais cohérente et sensée au sein de la mouvance décroissance - dans son dernier article de La Décroissance, allait même jusqu’à remettre en cause la très sainte idée technocratique chère à S. Latouche, de « l’internalisation des coûts environnementaux » dans le calcul de la valeur des marchandises (ce qui ne ferait en effet que prolonger la religion de l’économie).

Et c’est peu dire que l’idée de l’internalisation est depuis toujours la tarte à la crème de « l’écologie machinique », comme disait Guattari. Ce dernier dans Les trois écologies, ne pouvait aussi que s’étonner de voir les écologistes défendre l’idée d’un « revenu garanti » ou d’un « revenu d’existence », qui ne feraient que renforcer de manière technocratique l’intégration des gens à la Méga-machine techno-économique. En voulant sauver la planète, l’écologie politique est (oui) bel et bien sur le fil du rasoir technocratique. Et l’enfer sur-organisationnel comme disait Charbonneau, est bien pavé des meilleures intentions écologistes.

Mais ce numéro aborde aussi la critique anti-industrielle et notamment celle des nécrotechnologies avec une percutante interview avec Pièces et Main d’Oeuvre. On notera aussi un intéressant article de Martial Lepic, « Le yaourt ou la yourte : écologie, transports et décroissance », même si encore une fois dans ce numéro, éclate au grand jour le peu de réflexion sur « l’invention de l’économie » et sa nécessaire réfutation. Ainsi l’auteur après avoir décortiqué la place des transports dans les échanges, n’en appelle finalement qu’à « repenser les échanges pour qu’ils agissent dans la rupture avec ce système fondé sur les flux, pour l’opposer à des pratiques qui retrouveraient le sens du stock [Waaa ! les stocks c’est la révolution !], moyen privilégié de la nature pour gérer l’aléa fondamental du temps dans le rapport à son environnement ».

Là encore on croit rêver quand on appelle bêtement à la « gratuité du transport des marchandises et du transport collectif », vieille scie de la FA. L’interdépendance échangiste capitalistique se passerait en effet très bien des coûts de transport s’ils étaient pris en charge par la collectivité autogérée par la classe managériale (car notre auteur croit encore à l’auto-gestion de l’économie).

Dans ce numéro on notera aussi un « In Memoriam » à M. Bookchin, et des recensions des derniers livres de Silvia Perez-Victoria (Les Paysans sont de retour, par Claude Llena, le mouton noir d’Entropia) et d’Hervé Kempf (Comment les riches détruisent la planète et comment Hervé se paye notre gueule avec un livre qui vaut que dalle, Seuil, 2007).

La recension compatissante de ce dernier ouvrage qui ne propose pas moins qu’un « revenu maximal admissible » dans la ligne de Gorz et du « revenu maximum de décroissance » des Casseurs de Pub, quand il ne repose pas sur un vide qui tient pour analyse de l’économie (comme Veblen, Kempf, Latouche, Ariès et cie, ne veulent pas critiquer les catégories de base de la production en elle-même.

Pour eux, la production ne doit plus être illimitée car aujourd’hui, « la production est suffisante, la question qui se pose à l’économie porte sur les raisons et les règles de la consommation » (H. Kempf). Vive la consommation, à bas le consumérisme ! Vive la croissance, à bas la surcroissance ! : voilà la tarte à la crème des Casseurs de Pub depuis des années.

Et le petit peuple des antipub, (ils adorent), exprime d’ailleurs l’éternel confusionnisme ambiant des anarchistes de cette revue sur la question de la critique de l’économie tout court (revue pourtant stimulante sur bien d’autres sujets).

Cependant la critique d’une certaine décroissance aujourd’hui totalement dominante, fait de ce numéro de la revue une réussite, puisqu’elle aborde des questions de front que la grande majorité des « décroissants » veulent encore faire l’autruche face à ces interrogations centrales, quand Entropia et l’entreprise Parangon-copains-et-cie ne censurent tout simplement pas tout point de vue divergent : Réfractions remet ainsi clairement les pendules à l’heure et des limites à la décroissance comme à la croissance, et il était grand temps. C.H.

Origine de ce texte