Barbares et sauvageons

Alain Thévenet
samedi 15 décembre 2007
par  *
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Un souffle vague émeut des sphères vagabondes
Mais nul esprit n’existe en ces immensités.
(Gérard de Nerval, Le Christ aux Oliviers)

À l’entrée de la cité, je ne l’ai d’abord pas reconnu. Il y a trois mois, je l’avais croisé en djellaba. Quelque temps auparavant, il était, paraît-il, en prison pour quelque trafic.

Je n’ai pas non plus reconnu cette jeune femme avec son bébé, qui me salue pourtant aimablement ; elle est voilée et donc « méconnaissable ». S’agit-il d’une gamine qui jouait dans la cour il y a quelques années ?
Qui sont-ils ?

Annonçant à certains que j’habite Vénissieux, il m’est arrivé de recevoir en retour un regard étonné et inquiet, suivi d’une interrogation hésitante : Est-ce que je n’ai pas trop de problèmes ? Non. Je vais bien, du moins sur ce plan. Je salue les gens et ils me saluent, j’en connais bon nombre. Bref, de ce côté, mon quartier est plutôt agréable à vivre. Au pied des allées, des groupes de jeunes échangent des propos banals et des produits qui le sont tout autant. Une ébauche en tout cas de convivialité.
Il est vrai que je n’habite pas le quartier emblématique des Minguettes. Vous savez, là d’où est partie, il y a déjà bien longtemps, la marche des beurs, initiée par les Jeunes Arabes de Lyon et Banlieue (JALB), dont quelques-uns fréquentaient d’ailleurs les milieux anarchistes. Là, où quelques années plus tard, on brûlait des voitures à l’issue de rodéos et où de mini-émeutes attiraient les médias. Là où aujourd’hui sévissent les imams et, paraît-il, les jeunes islamistes radicaux. Là d’où est partie la voiture volée qui, il y a quelques mois, est venue s’écraser contre un mur, tout près de chez moi ; sur l’emplacement de l’accident, il n’y avait, le lendemain, que quelques taches de sang.

Qui sont-ils ?

Et moi, qui les esquive discrètement lorsqu’ils sont en groupe, mais que le hasard a mis en présence de l’un ou l’autre, qui suis-je ? Quel est ce monde que nous partageons et qu’en partageons-nous ?

À un Dieu trop connu !

Je suis profondément et violemment opposé à toute religion et, en tout cas, à toute religion instituée.

Quant à la conception du monde, l’idée d’un Dieu omniprésent, parfois même tout-puissant et créateur, relève de l’absurdité la plus totale et est fondamentalement opposée à une conception anarchiste du monde, fondée sur la liberté, quel que soit par ailleurs le sens qu’on accorde à ce concept. Pour moi, et pour l’instant, il n’y a pas à y revenir. Mais tant qu’il s’agit d’une croyance individuelle, elle n’a pas obligatoirement d’incidence concrète sur l’action sociale ou politique de ceux qui l’affirment.
Les choses se gâtent dès qu’il s’agit de l’adhésion aux religions instituées. On sait assez les catastrophes, les massacres auxquels celles-ci se sont livrées, ou auxquels elles ont servi et servent encore de justification. C’est une banalité, mais le demeuré assoiffé de fric, Bush, et le fou assoiffé de vengeance, Ben Laden, pourraient-ils mener leurs affaires comme ils l’entendent si ceux qui les suivent ne croyaient pas en Dieu ?

Enfin et surtout, ce qui peut m’ancrer dans un athéisme profond, voire dans la haine de toute religion, c’est le nombre de souffrances individuelles que j’ai pu rencontrer et qui y sont rattachées : culpabilité chez les chrétiens, honte chez les musulmans. Des vies entières pourries, perdues. De quoi me ranger parmi les bouffeurs de curés, ou d’imams.
« Tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais déjà trouvé » est-il écrit quelque part dans l’Écriture. Je ne sais plus où, mais ça doit pouvoir se retrouver.

C’est vrai ! Je t’ai trouvé, Dieu, au fond de moi. Au fond de ma tête, de ma poitrine, de mes couilles ! Déposé là par des siècles de culpabilité, de peurs, de lâcheté et de désir de sacrifice ! C’est pourquoi, il est vrai, je te cherche. Au sens que donnent à cette expression les enfants en mal de bagarre. Je te cherche, et qu’on s’explique !

Parlant ainsi, je sais donner une réalité, une existence, à ce qui n’est, fondamentalement, qu’une idée. En accusant Dieu de benoîte hypocrisie et de cruauté sadique, malsaine et calculée, je transforme une idée absurde, en une existence très concrète. C’est exprès. Car pour d’autres aussi, cette idée est devenue réalité concrète, palpable, qui régente, ou dont ils voudraient qu’elle régente leur existence. D’une certaine façon, notre cheminement est le même, si l’aboutissement est à l’opposé.
Car je voudrais comprendre. Comprendre pourquoi et comment tant d’individus intelligents et sensibles ont pu tomber dans de telles aberrations. Et j’ai la haine pour la croyance, mais non pour les croyants ; ceux-ci partagent avec moi certaines aspirations, nos regards se croisent parfois, souvent, nos chemins, un temps au moins, peuvent être les mêmes. C’est sur ces chemins que je voudrais les rencontrer.
Pourquoi commencer par Ballanche ?

Pourquoi pas ? Quelques mauvaises raisons pour cela.
Il est peu connu, ce qui me laisse la possibilité d’imaginer sa vie et d’interpréter ce que je connais de ses écrits à ma guise, sans trop risquer la contradiction.

Il est Lyonnais, nous sommes du même lieu, à maintenant deux siècles de différence. Je peux plus facilement imaginer ou inventer son ombre dans les murs que je connais.

C’est un loser : il s’est fait piquer par son contemporain et ami, Chateaubriand, à la fois l’idée de son premier ouvrage, Du sentiment dans ses rapports avec la littérature et les arts, et sa copine, Juliette Récamier. Son œuvre, ou ce que j’en connais, est pleine de redites, d’hésitations, de doute, d’excuses au lecteur (du genre : « je l’ai déjà dit, et en plus je n’en suis pas sûr, mais il faut quand même que je le répète »). Ça alourdit la lecture, d’autant plus que quand il affirme être sûr de quelque chose, il s’agit généralement d’une idée au premier abord complètement délirante ou d’une intuition géniale.

Pierre-Simon Ballanche, donc, est né à Lyon en 1776. Il a neuf ans lorsque débute la révolte des ouvriers canuts contre les marchands, en vue d’obtenir le prix légitime de leur travail. Lutte qui, débutée sous la royauté, se poursuivra lors de la Révolution et qui voit, notamment, l’occupation de la cathédrale Saint-Jean. Il est adolescent lors de la Révolution et des différentes luttes qui l’animent. À Lyon cette période est marquée par la personne de Chalier, figure de proue des enragés, curieusement appelés ici « énervés », qui s’opposent aux Rolandins (de Mme Roland) modérés et issus de la bourgeoisie. Élu à la tête de la municipalité, Chalier prononce des discours enflammés (il piétine publiquement un crucifix) mais, concrètement, il s’attaque surtout aux grandes richesses et veut faire peser les impôts sur les riches. Finalement, il est guillotiné par les Rolandins et la Convention met tout le monde d’accord en massacrant les uns et les autres et en débaptisant Lyon en « Ville affranchie ».

Ballanche est issu d’une famille de petits notables, imprimeurs installés dans le centre de Lyon ; il est royaliste et surtout catholique. Lorsque survient la Restauration, il est plutôt content, parce qu’il pense que c’est le rôle des élites et des Bourbons en particulier d’intégrer la nouvelle vision du monde que la Révolution a fait surgir, mais qui était conforme aux visées de la Providence. Curieusement, il n’en veut pas spécialement aux révolutionnaires, parmi lesquels, dit-il, se trouvent de « grandes âmes » qui n’ont fait, en somme, que de se charger d’une sorte de mise à jour.

Mais, en tout état de cause, il a vu surgir, dans un monde qu’il croyait harmonieux, une horde de Barbares dont il ignorait jusque-là l’existence, ou qu’il imaginait tout à fait « ailleurs », étrangers à son univers. Des Barbares qui parlaient une langue à la fois inconnue et terrifiante, mais qu’il reconnaissait cependant.

Le monde a changé, et pas seulement pour lui.
Jusque-là, sous ce qu’on appelle maintenant l’Ancien Régime, les choses étaient relativement en ordre : il y avait les hommes, les vrais, ceux qui savaient parler et qui, éventuellement, parlaient des autres, parfois en leur nom. Et puis les autres, qu’on croisait parfois, sans leur parler et sans les entendre, en les regardant peut-être, mais sans croiser leur regard, un regard étrange qu’on n’aurait pas su déchiffrer. Il semblait bien qu’il y ait eu derrière ce regard comme un langage, parfois une parole, mais faute de la comprendre, on ne pouvait que l’interpréter.
Bien sûr, quelques-uns des « vrais hommes » avaient souligné qu’il y avait là quelque chose de profondément injuste et que ces êtres faisaient aussi partie de la communauté humaine, mais jusque-là on ne les avait pas entendus directement. Ils menaient leur vie, qu’on supposait végétative, de leur côté, sans interférer avec celle des hommes véritables, seuls aptes à construire l’histoire.

Et voilà qu’à l’occasion d’une révolution qui avait pour but de rééquilibrer un peu les pouvoirs entre ceux qui possédaient la parole et, en conséquence, la force, le gouvernement, la richesse et tout ce genre de choses, on avait vu surgir ceux qu’on n’attendait pas, dont on avait toutes les raisons de supposer qu’ils resteraient dans leur coin, sales et ignorants, silencieux et pauvres. Ces barbares avaient envahi les rues qui ne leur étaient pas destinées. Ils sentaient mauvais et curieusement, au milieu du sang et de la crasse qu’ils y déversaient, on avait l’impression de reconnaître quelques-uns des mots qu’on croyait être seul à connaître et qu’on était habitué à répéter de façon machinale alors que là, soudain, ils semblaient nouveaux et rappeler un sens sur lequel on ne s’interrogeait plus.

S’il avait été moins fou, Ballanche aurait pu poursuivre une carrière d’intellectuel « original », cul béni tourmenté, François Mauriac avant l’heure. Mais ces Barbares dans les rues, ça le travaillait.

Puis, à l’aube de l’époque industrielle, il vit débouler à plusieurs reprises dans le centre-ville où il avait un atelier d’imprimerie, avant même l’insurrection de 1831, une foule d’êtres étranges, à l’accent indistinct, et aux visages basanés dont le brouillard laissait à peine entrevoir les traits. Ils descendaient d’un lieu dont il connaissait l’existence, mais qui était pour lui et pour les siens comme un territoire étranger ; c’était la colline des Minguettes, non, pardon, de la Croix-Rousse.

Ah ! Pierre-Simon, que ne t’es-tu écrié : « Attendez-moi, camarades, je suis des vôtres ! Je le savais depuis toujours, et je l’avais oublié ! Ces mots, qui sortent de vos bouches, et que je ne comprends pas, sont les miens depuis toujours. Ensemble, nous gravirons la colline. La chaleur de nos corps et nos souffles mêlés dissiperont le brouillard qui nous oppresse, vous et moi. Nous gravirons la colline et, parvenus à son sommet, nous découvrirons, sous un soleil éclatant tel que nous n’en avions jamais profité, les sommets triomphants des Alpes qui nous étaient jusque-là cachés. Et nous nous dirigerons vers ces sommets que nous croyions inaccessibles et qui, alors, nous paraîtront tout proches, à portée de la main. »

Ça ne s’est pas passé comme ça. C’est bien plus tard, en 1871, que les Canuts, avec Bakounine, feront flotter le drapeau noir à la cime de l’Hôtel de Ville de Lyon.

Ballanche, lui, invente le concept de « palingénésie sociale ».
C’est une pensée inspirée de Pythagore, qui préfigure peut-être « l’éternel retour » de Nietzsche. Tout dès l’origine est déjà en germe et même, d’une certaine façon, réalisé. Tout revient donc, mais sous des formes différentes selon les époques, sans que les acquis des époques précédentes puissent jamais être oubliés. L’apparition du christianisme a marqué l’époque qui s’achève avec la Révolution et le christianisme « commande » donc l’époque qui s’ouvre.

Mais si tout existe dès l’origine et doit se développer de manière de plus en plus ample selon les époques, tout existe aussi dans chaque être, le « bien » comme le « mal », la barbarie comme la civilisation.

« Chaque moment est un symbole de l’éternité, contient l’éternité, se perd dans l’éternité. Le fini et l’infini se confondent dans le même temps et dans le même être. […] Tous les faits universels, ainsi que je l’ai déjà dit, sont semblables et identiques ; mais je dois ajouter que tous les faits individuels sont la représentation des faits universels. L’histoire d’un homme, c’est l’histoire de l’homme. L’histoire d’un peuple, c’est l’histoire de tous les peuples. L’histoire d’un homme, c’est l’histoire d’un peuple, c’est l’histoire de tous les peuples ; c’est enfin l’histoire du genre humain ; et l’histoire du genre humain lui-même, c’est l’histoire de chaque homme. » [1]

Dans tout cela, Ballanche demeure royaliste et chrétien. Il appartenait aux Bourbons et au christianisme de promouvoir cette nouvelle époque. Les Bourbons y ont échoué. Plus tard, il faudra bien constater que la royauté constitutionnelle de Louis-Philippe ne modifie pas les choses. Or
« si vous persistez à admettre des classes naturellement dégradées, vous ne pouvez tarder à les multiplier. Il y en aura toujours qui d’abord échapperont à vos classifications, et qui viendront ensuite s’y ranger. Vous prodiguerez la séduction pour avilir ; ensuite vous vous en tirerez par le mépris justifié ; bientôt vous en viendrez à mépriser l’homme lui-même ». [2]

Or certains n’acceptent pas le mépris et la condescendance dans lesquels on veut les confiner, et qui va de pair avec une condition matérielle humiliante : « Dans un ordre social où l’esclavage était de droit commun, il s’est trouvé des esclaves qui […] avaient en eux l’âme d’un homme libre. Ceux-là ont dû souvent réagir contre une société oppressive pour eux seuls. » [3]

Parfois, même, Ballanche laisse percer pour ces « barbares » (terme sous lequel il englobe aussi bien les bandits de « droit commun » que les « énervés ») une estime certaine. Par là, il se distingue de la majorité des auteurs du XIXe siècle qui, même lorsqu’ils se veulent proches du peuple, distinguent dans celui-ci les « bons », qui luttent contre les injustices, des « méchants ». Mais il se rapproche des anarchistes : de Godwin, par exemple, qui, dans Caleb Williams fait se rencontrer son héros et un groupe de bandits qui discutent amicalement ensemble [4]. De Cœurderoy aussi, pour qui les Cosaques, barbares venus du Nord sont seuls capables de régénérer une civilisation décadente. De Bakounine, dont on a assez critiqué les espoirs qu’il mettait dans le « lumpen prolétariat ».
Bref, d’un côté les « gens biens » ne sont peut-être que des lâches, d’un autre les « coupables » ont des qualités qu’il faut reconnaître :
« Il y a eu dans de grands coupables des sentiments dont vous vous seriez honorés. Et que savez-vous, puisque vous me forcez de nouveau à vous le dire, que savez-vous comment vous eussiez agi dans telles ou telles circonstances ? Que savez-vous la conduite que vous eussiez tenue si vous eussiez été élevés de telle ou telle manière ? Que savez-vous la force que vous auriez trouvée en vous, pour résister à telle ou telle épreuve ? Que savez-vous enfin si votre faiblesse seule, si l’heureuse nullité de votre caractère ou le peu d’énergie de vos facultés n’ont pas fait toute votre sécurité, toute votre innocence ? » [5]
Les jugements de bien et de mal n’ont donc aucun sens. Chacun d’entre nous a en lui tous les crimes et tous les exploits qui ont émaillé et émailleront l’histoire humaine. Personne ne peut s’arroger le droit de juger autrui. Ce qui amène évidemment à condamner la peine de mort, et même toute sanction. Ici encore on peut noter la proximité d’avec Godwin, même si celui-ci base sa condamnation sur des prémisses qu’il dit utilitaristes, alors que l’idéalisme de Ballanche ne fait évidemment aucun doute.

Mais Ballanche est chrétien, même si pour ses contemporains son christianisme sent probablement quelque peu le soufre. Il y a du mal dans l’univers. Il est partout et il convient de l’éloigner, ou plutôt de l’expier. Et c’est peut-être son christianisme qui lui fait imaginer « la ville des expiations » à laquelle on peut aussi trouver, à la réflexion, un avant-goût de stalinisme.

Il y a en effet dans cette utopie quelque chose d’effrayant. Puisque le mal existe, il convient de s’en purifier. On imagine donc une ville conçue dans le pur style des utopies saint-simoniennes, mais en pire. Un lieu hiérarchisé selon une structure inamovible, tant sur le plan architectural que sur le plan de sa gouvernance. Un lieu où il n’y aurait aucune contrainte, mais aucune liberté, puisque tout y serait prévu. Selon son évolution, le pensionnaire, prisonnier volontaire, sera logé dans différents quartiers, dans lesquels il n’aura pas d’autre possibilité que de se livrer aux activités qui y seront prévues. En entrant, il contractera l’obligation de ne rien dire de lui à ses compagnons, qui doivent ignorer jusqu’à son nom. Cette obligation, monstrueuse, a pourtant une signification qui rejoint une préoccupation qui n’est pas de nature policière : il s’agit de retrouver ce qui peut constituer sa véritable identité et s’est trouvé masqué par les aléas de l’existence. Et en retrouvant cette identité véritable, on retrouve aussi la solidarité avec toute l’histoire humaine. Là où c’est intéressant, c’est que les coupables d’un crime réel ne sont pas seuls à être accueillis, mais tous ceux qui sentent peser sur eux le poids du mal. Et Ballanche donne deux exemples paradoxaux. Se retrouvent dans la ville des expiations à la fois le fils d’un homme assassiné et le fils de son assassin. Ils s’y retrouvent d’ailleurs sans s’y retrouver, puisqu’ils ignorent tout l’un de l’autre. Il n’est donc pas à proprement parler question de pardon, mais d’une sorte de purification, à l’issue de laquelle on peut retrouver son nom et la vie dans le monde commun.

Autre point intéressant, mais que je ne développerai pas ici : Ballanche affirme avec force qu’il ne s’agit pas là d’une utopie imaginaire, à repousser dans un avenir, mais d’une réalité présente : puisque cette ville existe dans son idée et que les idées sont réelles, cette ville existe bel et bien, ici et maintenant.

Signalons enfin que, pour Ballanche, la parole est l’instrument (de Dieu, selon lui) par lequel se traduisent cette unité du genre humain et l’émancipation inéluctable de la pensée. Cela était déjà présent dès ses premières publications :
« Ainsi toutes les sociétés humaines, le genre humain tout entier, depuis l’origine des choses jusqu’à la fin, ne forment par la parole qu’un seul être collectif uni à Dieu. Ainsi sont liés dans la pensée de l’homme, dans son intelligence, dans ses affections, le présent, le passé, le futur, le monde idéal et le monde positif, le fini et l’infini, le temps et l’éternité. Ainsi toutes les générations humaines ; ainsi tous les peuples de tous les âges et de tous les lieux ; ainsi les vivants et les morts sont unis entre eux et avec Dieu par la parole. » [6]

Lorsqu’une classe sociale prétend monopoliser la parole et en priver ceux qu’elle en juge indignes, elle doit s’attendre à soulever quelque chose qui, sans être nommé ainsi, ressemble fort à une révolution. Les opprimés, lorsqu’ils parviennent à se saisir de la parole, ridiculisent les prétentions des oppresseurs à les en priver aussi bien qu’à la leur accorder, puisqu’ils la possèdent. C’est vraisemblablement ce qui s’est passé lors de la Révolution et, antérieurement, lors de la lutte des plébéiens. À partir d’un texte de Ballanche, Jacques Rancière développe particulièrement ce point. [7]

L’attachement réel de Ballanche au christianisme m’irrite. Dans l’utopie de la ville des expiations, ce terme même d’expiation renvoie au péché et l’idée de purifier les hommes malgré eux est, à mon sens, une idée spécifiquement religieuse, reprise par toutes les utopies totalitaires. Le recours constant à la Providence (qu’on a, il est vrai, plus tard remplacé par le Progrès) ôte son sens à la liberté. Ballanche est un idéaliste et, pour lui, la seule réalité est celle des idées auxquelles la réalité, sociale par exemple, et la nécessité, de changer l’ordre des choses, doivent se plier.

Mais je lui pardonne beaucoup à cause de ses hésitations et pour la dignité qu’il redonne aux barbares en leur confiant la tâche de remettre en marche l’histoire bloquée par les égoïsmes et la stupidité. Surtout, brouillant ainsi les cartes entre les temps de l’histoire humaine, entre les lieux, entre la pensée et la réalité, entre le bien et le mal, les bons et les méchants, les barbares et les civilisés, il met à plat beaucoup d’idées reçues et oblige à réfléchir entre l’identité et le tout, entre l’univers et moi, entre la communauté et la société.

Laissons maintenant Pierre-Simon, nous le retrouverons peut-être plus tard. Pour l’instant, constatons amèrement qu’il a mal fini. Il semble qu’il ait très peu écrit après 1830, qu’il ait quitté Lyon pour Paris. Et, en 1842, il est élu à l’Académie française, pour des raisons alimentaires, peut-on espérer.

Du destin des « voyous »

Les récits du XIXe siècle sont pleins de descriptions de quartiers dangereux, hors la loi, dans lesquels les brigands forment des sortes de sociétés parallèles où règnent la violence et le vice. Des quartiers « à risque » où ne s’aventurent qu’avec prudence, ou poussés par des motivations suspectes, les honnêtes citoyens. Ces quartiers sont peuplés d’hommes, ou plutôt d’ombres, venus d’on ne sait où, mais en tout cas menaçants. Il n’est que de se souvenir des Thénardier des Misérables. Dans ce monde étrange, et étranger, il existe cependant des êtres de pure innocence qui rachètent, au nom d’un futur de progrès, un présent définitivement perdu, et qui témoignent de ce que la providence veille. Ainsi en est-il de Gavroche, prêt à mourir (sans même le savoir, notons-le quand même, et plus par inconscience que par choix délibéré) pour préserver un avenir radieux.

Aujourd’hui, Gavroche a perdu son innocence et se prénomme Mouloud : il vole des voitures, les brûle, se livre à d’odieux trafics et, s’il est prêt à mourir, c’est dans de stupides rodéos automobiles, ou pour une cause obscurantiste. Il garde cependant son innocence (car il faut bien que les enfants le demeurent un peu, innocents, sinon c’est à désespérer de tout) dans le domaine de la sexualité. Le même qui, à treize ans est un criminel en puissance qu’il faut mettre en prison, se retrouve éventuellement l’innocente victime d’odieux pervers.

Je ferai le pari que Gavroche n’était pas si pur que ça, et qu’il était tout à fait capable de faire des tournantes, ou de voler le sac des vieilles dames, voire de voler des diligences. Et parallèlement, je ferai le pari que Mouloud n’est pas le monstre qu’on représente. Merci, Ballanche, pour avoir déjà signalé que le bien et le mal, si on veut les appeler ainsi, sont le poids que nous portons tous.

Il est cependant quelque chose qui passe au-dessus de la tête de Ballanche et que pourtant, quelques années auparavant, William Godwin avait perçu. C’est le développement de l’ère industrielle et de l’exploitation économique. Ces hordes qui envahissent le centre des villes sont pour lui mues par le refus qui leur est opposé d’entendre leur parole et il ne lui vient pas à l’esprit qu’elles puissent être aussi poussées par la misère. C’est sans doute l’originalité de l’anarchisme d’avoir, dès l’origine, tenté de lier les deux.

Selon Jacques Derrida, le terme de « voyou » apparaît pour la première fois en 1830. On peut rappeler ici que cette date est contemporaine des derniers écrits connus de Pierre-Simon Ballanche et de l’apparition incontournable de l’industrialisation forcenée et du développement de la classe ouvrière. Le voyou, c’est quelqu’un, ou quelque chose peut-être, d’étranger et de tout proche, de craint et d’attirant. Quelque chose, ou quelqu’un, qu’on voudrait approcher et connaître, en même temps qu’on a peur de le reconnaître : « Si le voyou est un dévoyé, le devenir-voyou n’est jamais loin d’une scène de séduction. » [8] C’est aussi pour cela qu’en même temps qu’attirance, il y a répulsion, crainte et donc appel à la répression : « à parler d’un voyou, on rappelle à l’ordre, on a commencé à dénoncer un suspect, on annonce une interpellation, voire une arrestation, une convocation, une assignation, une mise en examen ; le voyou doit comparaître devant la loi » [9].

Derrida pense que cette image du « voyou » s’est durcie depuis la seconde moitié du XXe siècle. De jeune homme pâle et affamé, il s’est transformé en héros patibulaire. Je penserais plutôt que le « voyou » destiné à la loi s’est en fin de compte retrouvé dans celle de la littérature, héros romantique, image de nos attirances suspectes et de nos aspirations refoulées. Il n’existe plus guère aujourd’hui, ailleurs que dans les romans ou dans les films, et se trouve supplanté par le « lascar » (version bienveillante) ou la « racaille » (version rejetante), voire la « caillera » (version revendicatrice). J’y reviendrai plus bas.

Comme le chiendent dans les terrains vagues, ces voyous poussent dans les terrains provisoirement laissés en friche par le développement du capitalisme. Parmi ces mauvaises herbes, il s’en trouvera bien quelques-unes qui s’adapteront aux nouvelles conditions et qui accepteront, devenues fumier, d’engraisser la société industrielle, après s’être montrées dociles à ce qu’on leur demandait. Quant aux autres… Ils seront toujours fumier. Il conviendrait cependant d’isoler parmi eux ceux qui chercheraient à leur donner la fierté d’être du fumier. La police et la religion serviront bien à cela.

Parce que Dieu, dans tout ça, qu’est-ce qu’il devient ?
Il engraisse. On lui construit de monumentales églises dans les villages qui s’appauvrissent et se dépeuplent aussi bien que dans les nouveaux quartiers où s’entassent maintenant ceux qui ont quitté ces villages. Afin de bien montrer qu’il y a un ordre et qu’il est au sommet de cet ordre.
Tout en refusant leur idéologie, on ne peut refuser à certains chrétiens le désir sincère d’avoir voulu rappeler que tous les êtres humains sont égaux. Mais on doit bien constater que de Lammenais aux prêtres ouvriers, en passant par Marc Sangnier et le Sillon, ils ont tous été condamnés, voire excommuniés. Dieu, lui, est convoqué pour bien montrer qui commande, et qu’il s’agit d’un ordre immuable, voulu par lui. Et quand ça va vraiment mal, il intervient pour dire que c’est lui qui a voulu cela, comme punition, parce que nous n’avons pas été gentils.
Un beau jour, au détour des années soixante, les dominants n’auront plus besoin de lui. Ils auront inventé un nouveau culte, encore plus aliénant, celui de la consommation. Alors Dieu se réveillera et tentera par-ci par-là de se récupérer les pauvres.

Mais, entre-temps, nous aurons rencontré la « populace », présentée par Hannah Arendt.

Rappelons la définition qu’elle en donne, dans les Origines du totalitarisme. La populace est directement issue du capitalisme qui, en même temps qu’il crée des richesses superflues, crée des individus superflus :
« Plus ancien que la richesse superflue, il y avait cet autre sous-produit de la production capitaliste : les déchets humains que chaque crise, succédant invariablement à chaque période de croissance industrielle, éliminait en permanence de la société productive. Les hommes devenus des oisifs permanents étaient aussi superflus par rapport à la communauté que les détenteurs de la richesse superflue. Tout au long du XIXe siècle, on avait dénoncé la véritable menace que ces hommes faisaient peser sur la société et leur exportation avait contribué à peupler les dominions du Canada et de l’Australie, aussi bien que les États-Unis. » [10]

On pourrait ajouter, évidemment, que cette « exportation » avait concerné aussi l’Algérie, le Maghreb, l’Afrique noire, etc. Et on aura remarqué que ces « hommes inutiles », superflus, reviennent. Ils ont bronzé, mais ce sont les mêmes.

Ce sont les mêmes, car ils sont dépersonnalisés. Ils ont toujours été les mêmes, c’est-à-dire personne : les hommes superflus
« n’avaient pas quitté la société, mais ils avaient été rejetés par elle ; ils ne menaient pas une entreprise hors des limites permises par la civilisation, mais ils étaient de simples victimes, privés d’utilité ou de fonction. […] Ils n’étaient rien en eux-mêmes, rien que le symbole vivant de ce qui leur était arrivé, l’abstraction vivante et le témoignage de l’absurdité des institutions humaines. Ils n’étaient pas des individus […], ils étaient l’ombre d’évènements avec lesquels ils n’avaient rien à voir ». [11]

Seulement, s’ils partaient, il y a un siècle, dans des contrées supposées vierges, qui d’ailleurs ne l’étaient pas du tout, mais où ils avaient pour mission d’éradiquer ce qui s’y trouvait pour y installer la « civilisation », les voici maintenant revenus au point de départ. Peut-être ont-ils trouvé pour solution de transformer les lieux dans lesquels ils ont été relégués en terrains d’aventure, afin de renouer avec leur destin d’aventuriers du siècle dernier… Car il n’est plus de lieu où les envoyer à la recherche d’une aventure inespérée.

Ils reviennent à une période particulièrement délicate, dont Hannah Arendt avait déjà dénoncé les prémisses. On leur a dit que la seule voie qui leur était allouée afin d’être reconnus, c’était le travail, ce qui arrangeait bien les dominants qui se préparaient ainsi une main-d’œuvre docile et dévouée. Or, malgré ce qu’affirment gouvernements et patrons, il n’y a plus de travail ; du moins plus de travail dont la raison première soit d’être utile à la collectivité. Ce qui demeure, c’est le souci égoïste de s’enrichir (mais, dans le cas des plus pauvres, de survivre) et d’être « compétitif » :
« Le souhait [de libérer l’humanité du fardeau du travail] se réalise donc, comme dans les contes de fée, au moment où il ne peut que mystifier. C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes. […] Ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire. » [12]

Mais les êtres humains ne se résignent pas si facilement à disparaître, ni à s’anéantir.

Où l’on retrouve
(peut-être) Pierre-Simon Ballanche
Pierre-Simon, je te convoque ici comme héraut des voyous des banlieues !

Comment les appeler, d’ailleurs ceux qui, si près de nous, nous effraient à ce point ; ceux que tous les discours des politiciens disent vouloir « policer », qui signifient un danger fantasmatique, cette populace contre laquelle l’ordre établi fait appel aux peurs de la foule ; ces Barbares qui n’ont jamais quitté nos contrées civilisées et qui sont leur mauvaise conscience ?

Avec une certaine condescendance ou sympathie, on peut les désigner comme lascars. Le Littré en donne cette définition : « nom donné dans la mer des Indes orientales aux matelots indiens tirés de la classe des parias ». Ça pourrait être ça…

Plus rejetant, on les a désignés, et eux-mêmes se sont désignés comme racaille (« la partie la plus vile de la populace ; se dit de toutes les choses de rebut ») ou cailleras.

Pour ma part, je préférerais un terme qui n’a pas eu le succès qu’il aurait mérité : sauvageon, « arbre venu spontanément, dans les bois, dans les haies, de pépins ou de noyaux de fruits sauvages ; les rameaux en sont presque toujours armés d’épines, et les fruits ont trop d’âpreté pour être mangés ».

Je te convoque donc, Pierre-Simon, et ne proteste pas. La rue minuscule qui porte ton nom à Lyon ne se trouve-t-elle pas en plein quartier maghrébin ? C’est bien là un signe de la Providence que tu invoques si souvent. La même Providence que les sauvageons convertis à l’Islam invoquent au prétexte que, dans le Coran, on trouve des passages prophétiques annonçant les évènements actuels, ce qui justifie l’impuissance dans laquelle on se trouve d’avoir une place dans l’histoire, et la possibilité de l’influencer. L’un d’entre eux me disait aussi que la croyance en Dieu était la seule chose qui lui permettait de conserver l’estime de lui-même et que sans cette croyance, il serait « pire ». Comme si cette croyance était en lui la seule part de « bien » qui puisse subsister.

Ils ont pris la parole. Et c’est une parole qu’on leur a apprise. Des mots vides. Quelquefois, c’est la parole qui dit que ce qui compte, c’est de réussir et d’écraser les autres. Ils prennent alors ce qui leur reste et se livrent à des trafics rentables. Ou bien, ils risquent leur vie dans des rodéos stupides, puisque la vie a si peu d’importance. Ou bien ils réinventent un Dieu que nous croyions disparu, mais que nous n’avons pas su remplacer par les regards portés sur les autres, regards qui témoigneraient de la communauté humaine et de l’espoir de la rendre plus fraternelle et plus juste. Puisqu’ici-bas, nous a-t-on dit, on était arrivé à la « fin de l’histoire » et qu’il n’y aurait jamais rien d’autre que ce que nous y avons trouvé, il n’y a d’autre ressource que de chercher ailleurs.

Oserais-je dire que, tout en rejetant violemment les croyances auxquelles ils adhèrent, comme je rejette celles de mon enfance, et encore plus violemment l’aspect criminel et suicidaire qu’elles prennent parfois, qui n’est, poussé au paroxysme, que l’application de ce que notre société veut nous enseigner, je ressens dans cette recherche quelque chose qui est mien ? Je voudrais, avant qu’ils aient fait ce choix de la fermeture, pouvoir croiser leurs regards et leur parole puisque, avant même la pensée, regards et paroles sont ce que nous avons de commun, et qu’ensemble nous puissions nous convaincre que le monde nous appartient, que nous pouvons le construire et que nous nous sommes laissés entraîner par et dans le mensonge.
Regardez ! Ces taches indistinctes à nos pieds, ne les reconnaissons-nous pas ? Il faut bien l’avouer, voilà, nous avons fait caca ! Pas la peine de nous moquer les uns des autres, puisque c’est à nous tous que c’est arrivé ! De terreur, nous avons fait sous nous ! C’est arrivé ainsi. Nous étions transis, figés sur place par une terreur indistincte et massive. De quoi s’agissait-il ? Impossible de le savoir. La mort, peut-être, ou bien la vie ; le désir, la culpabilité, tant de choses indistinctes ; les autres, ou bien nous-mêmes. Et, de terreur, nous avons fait Dieu sous nous !

Nous voici maintenant, nus, dépouillés, les uns devant les autres et, il faut bien l’avouer, quelque peu ridicules. Il va bien falloir que nous affrontions les regards des autres, et les nôtres. Peut-être pourrions-nous en rire, nous regarder autrement, et nous sourire… Non, il n’y avait rien d’autre, rien au-dessus de nous. Pas de Dieu, ni de dieux, ni de Providence. Rien que nous tous, unis par un commun désarroi. Unis par ce que nous avons en commun et par nos différences, qui font notre communauté. Unis par nos peurs et par nos désirs. Rien d’autre que nous-mêmes au-delà de nous. Nos regards qui cherchent cet au-delà ne rencontreront jamais que le vide. Mais ils rencontreront, ici, les regards des autres et leur recherche vaine. Pas de transcendance, donc, mais une immanente recherche commune de la transcendance. Ou, dit autrement, d’une vie meilleure, perfectible indéfiniment, dont nous ne pourrons jamais connaître qu’une infime parcelle. Nous mourrons, certes, mais aujourd’hui, nous sommes vivants et cette mort, en tout cas, nous ne la connaîtrons jamais. Et, lorsque nous ne serons plus dans notre individualité, nous subsisterons cependant par les traces que nous aurons laissées, paroles, actes, regards, et par nos chairs décomposées qui nourriront la terre, comme elle nous a nourris.

Ce jour-là… Ce sera hier et c’était demain. Ce sera par une nuit glacée de plein été et par un après-midi torride d’hiver. Nous nous rencontrerons. À nouveau, nous gravirons la colline, celle de la Croix-Rousse, celle des Minguettes et celles de tous les lieux du monde, y compris ceux qui n’existent pas. De son sommet, nous apercevrons les cimes lointaines et jusque-là inconnues qui nous paraîtront de plus en plus proches, et toujours inaccessibles. Pierre-Simon, tu nous auras rejoints, parmi les sauvageons des banlieues et d’ailleurs ; tu ne seras plus retenu par les chaînes qui te contraignaient jadis. Dans ce futur qui ne sera jamais, mais qui est déjà là, de toute éternité, il n’y aura plus de haines, et donc plus de dieux, et les conflits seront résolus par la raison et la bienveillance universelles que convoquait déjà William Godwin. Au cours de cette marche, certains d’entre nous tomberont. La foule, alors, poursuivra, et les pas de tous écraseront leurs corps. Sous ce poids, ils jouiront, et un dernier orgasme laissera dans le sol leur marque ineffaçable.

Alain Thévenet


[1Ballanche, La ville des expiations, Presses Universitaires de Lyon, 1981, p. 114.

[2Ibid., p. 41.

[3Ibid., p. 34.

[4Voir Réfractions n° 3, Alain Thévenet : « Caleb Williams ou les choses comme elles sont ».

[5Ballanche, op. cit., p. 47.

[6Pierre-Simon Ballanche, Essai sur les institutions sociales, Corpus des œuvres de philosophie en langue française, Fayard, 1991, p. 207.

[7Jacques Rancière, La Mésentente, Galilée, 1995, p. 45 et sq.

[8Jacques Derrida, Voyous, Galilée, 2003, p. 42.
9. Ibid., p. 96.

[9Ibid., p. 96

[10Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, Quarto-Gallimard, 2002, p. 404-405.

[11Ibid., p. 456. Plus loin, Hannah Arendt distingue soigneusement la « populace », certes prête à toutes les aventures dictatoriales, mais qui conserve quelque chose comme une identité de classe qui l’empêche d’adhérer au totalitarisme et à son idéologie, et la « masse » qui, ayant perdu cette identité, est prête à se fondre dans toutes les aventures totalitaires.

[12Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Presse-Pocket, p. 37-38.