Défier Dieu pour être libre

Le lent cheminement de l’invention de la liberté humaine à travers la représentation littéraire de trois grands mythes européens
mercredi 21 novembre 2007
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Selon Lévi-Strauss, un mythe est, d’une façon générale, porteur en lui-même de son sens, en raison notamment de sa forte cohérence interne. Il se situe donc hors de l’histoire, c’est-à-dire ici du roman, de la pièce de théâtre ou du poème, qui le supporte. Cette approche paraît pertinente pour les mythes « hérités »1 que la littérature utilise. Il en va ainsi du mythe de Prométhée qui s’incarne, notamment, dans le Prométhée enchaîné d’Eschyle. Mais, pour les mythes « modernes », comme ceux qui sont issus de Don Juan, Faust ou Frankenstein, mythes « nouveau-nés »2 apparus pendant ou après la période médiévale, il n’en va pas de même. Ces mythes, développés à partir de personnages historiquement réels (Faust) ou inventés (Frankenstein), se sont construits via et dans la littérature. Ces personnages littéraires ne sont en effet devenus des mythes qu’en sortant du contingent pour accéder à l’universel. Et ils se sont révélés ensuite, à l’usage, suffisamment plastiques pour être capables de médiatiser les aspirations contradictoires et conflictuelles que l’homme, que chaque homme porte en lui-même.

Les mythes n’apparaissent pas isolés, selon l’anthropologie culturelle. Mais ils sont, littérairement parlant, toujours porteurs d’une intertextualité mythique, ici liée à l’idée de révolte. Cette révolte fondamentale constitutive des trois mythes littéraires étudiés – celle des uns s’alimentant de façon intertextuelle de celle des autres – est bien présente chez tous ces grands révoltés que sont, chacun à sa façon, Don Juan, la « créature » du professeur Victor Frankenstein, comme son père créateur lui-même, et Faust. Mais leurs révoltes, leurs itinéraires, leurs inscriptions sociales et culturelles ne sont bien sûr pas identiques. Si tous se heurtent à la faiblesse de la condition humaine, que ce soit vis-à-vis du mur de la création ex nihilo ou vis-à-vis du refus de l’impuissance et de la mort, qu’ils tentent tous de surmonter et / ou de dépasser, aucun d’entre eux ne réagit pareillement. Don Juan se cabre devant les hypocrisies et les contraintes de l’ordre dominant établi, en matière amoureuse et sexuelle notamment, et tente de défricher quelques chemins de la liberté individuelle. Victor Frankenstein joue à l’apprenti sorcier, et gagne ! Avant, mais un peu tard, d’essayer de parer aux conséquences de son acte démiurgique (mais Dieu lui-même, selon la Genèse, n’a-t-il pas agi selon un « tempo » similaire ?).


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