Révolution et religion

mercredi 21 novembre 2007
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Dans le discours des révolutionnaires
modernes, ceux du XIXe, du XXe
comme du XXIe siècle, la religion et la
révolution ne font pas bon ménage. Il
faut bien dire que le terme de religion
est porteur d’une confusion et d’une
contradiction. D’abord, il mélange
l’idée de croyance à une transcendance
et à la présence d’une institution
religieuse. Et ensuite, alors que cette
dernière est par essence opposée à tout
changement du fait de sa nature
institutionnelle, la croyance ne portant
pas cette charge peut être porteuse de
révolution. Nous allons faire un voyage
à travers le temps et voir comment
l’idée de révolution et celle de religion,
c’est-à-dire de croyance, ont pu faire
bon ménage pendant des siècles.

Aux origines
Quand on parle de l’utopie, on fait
référence à Thomas More, parfois à un
autre auteur plus ancien comme Platon
et sa République, mais très rarement ou
pratiquement jamais à la Bible. Il y est
un texte bien oublié qui, bien
longtemps avant que le Christ n’arrive,
posait les bases d’une société où
l’accumulation du capital n’était pas
possible, où le pouvoir était exercé par
des sages, où le roi n’existait pas.
Le silence, à ce sujet, des théologiens
qui suivirent, de quelque obédience
qu’ils soient, avait pour premier but de
passer par-dessus ce texte, et s’il
advenait qu’il fût mis à jour, d’en
dégager le caractère désuet et
archaïque. C’est pourtant à ce texte que
Jésus de Nazareth faisait référence
quand il disait « je suis venu accomplir
la loi » et en même temps il proclamait
« le royaume de Dieu est proche ».
L’annonce de la révolution sociale
apparaît pour la première fois liée au
message eschatologique, au message
annonçant la fin des temps, la fin de
l’Histoire.

Quand le Christ annonce qu’il est
venu accomplir la loi, il fait suivre son
propos par cette phrase qui semble
sibylline mais qui est en fait fort claire :
« Je suis venu proclamer une année de
grâce du Seigneur. » Il reprend une
phrase du prophète Isaïe qui faisait luimême
référence à ce texte mentionné
plus haut. Cette année est celle du
Jubilée. Il ne s’agit pas de ce rituel
ridicule où l’on voit un potentat
impotent et papal ouvrir une porte
fermée dans une immonde église. Il
s’agit d’une année spécifique qui clôt
un cycle de vie.

Il importe maintenant de citer ce
texte2. Il a été écrit pour une société
agraire. Il organise la vie de la communauté
autour d’un cycle de base de sept
ans et d’un cycle global de 49 ans.

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La fin du texte étant absente de ce fichier pdf la voici :

De façon permanente, la société humaine est bousculée par des irruptions de violence populaire auxquelles se mêlent des revendications révolutionnaires affirmant qu’une autre façon de vivre est possible. Il ne faut pourtant pas oublier que cette société est aussi traversée d’événements terribles qui vont complètement à l’encontre de ces aspirations, même s’ils sont porteurs de l’idée de révolution, comme dans le cas du national-socialisme.

Contester l’inéluctabilité de la révolution ne signifie pas nier sa nécessité. Il est évident que seule une révolution profonde tant dans les structures que dans les têtes, l’un nourrissant l’autre et inversement, peut préserver le monde du chaos à venir, fruit du déchaînement des procès de fabrication. L’inéluctabilité de la Révolution va de pair avec le concept de la fin de l’histoire humaine. Le corollaire à cette idée d’une révolution finale est la création d’un homme nouveau apte à vivre de façon équilibrée. On renoue là avec un fantasme récurrent dans tous les régimes autoproclamés révolutionnaires. U idée religieuse du salut de l’homme n’est pas loin.

Penser que la « Révolution » puisse être autre chose qu’une succession de moments révolutionnaires, périodes jamais définitives, toujours à recommencer, c’est continuer à partager les idées de ceux qui au cours du Moyen Âge se battirent pour l’avènement du royaume de Dieu. Plus grave, à mon sens, refuser de lutter contre une conception religieuse de la Révolution conduit à sous-estimer les difficultés à affronter, tout comme un refus de la permanence de ces difficultés. C’est le vieux débat sur la nature de l’homme qui est en jeu à travers cette question. La « Révolution » est un rocher de Sisyphe.

Pierre Sommermeyer