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Colin Ward
Les voleurs d’eau
Bonnes pages
Article mis en ligne le 15 novembre 2007

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La privatisation de l’eau en Grande-Bretagne
Naturellement, en ville, l’eau courante et les WC arrivèrent
bien plus tôt, par peur des épidémies. La grande ville la plus
proche, Ipswich, possédait une pléthore de fontaines qui
débouchaient dans la rivière Orwell. Son historien raconte que les
pauvres de la ville devaient remplir leurs seaux à la rivière ou dans des
puits d’arrière-cour : « Il n’est absolument pas surprenant qu’un
rapport de 1848 mentionne que « les fondations de la ville sont saturées
d’une humidité pestilentielle », ou que vers le milieu du XIXe siècle
Ipswich ait souffert d’un taux de mortalité équivalent à celui de
n’importe quelle grande ville anglaise, voire supérieur. Une usine
d’élévation d’eau fut construite par l’Ipswich Water Works Company,
mais il y eut comparativement peu de foyers qui se raccordèrent aux
canalisations publiques, jusqu’à ce que la mairie rachète la firme en
1892. »1 Notre histoire hydraulique locale reflète celle de la nation. Un
réseau de fournisseurs fut monté ; certains sous le contrôle des autorités
locales, certains sous celui de compagnies privées dont les dividendes
étaient limités de façon statutaire. On construisit lentement (très
lentement dans le Suffolk rural) une éthique de l’eau selon laquelle
l’eau est un bien commun indispensable, plutôt qu’une marchandise.
Depuis le siècle dernier, les Public Health Acts reconnaissent et
protègent la notion qui veut qu’un accès aisé à l’eau propre constitue
un besoin humain fondamental. Ils édictent qu’une maison sans
adduction d’eau adéquate est « impropre à l’habitation humaine ».

Le coût des canalisations souterraines
était financé par une taxe publique, que
l’entité distributrice ait été possédée par
la municipalité ou par une compagnie
privée. Les habitants payaient quelques
pennies pris sur le loyer ou sur la taxe
d’habitation. Pour les familles pauvres
,chaque dépense récurrente était un
problème, mais la facture d’eau était
minime, puisque l’eau est le droit naturel
de chacun. Les fermiers, à l’instar des
utilisateurs industriels, payaient, eux, un
taux commercial pour une alimentation
mesurée par un compteur. Le rapport
entre la taille d’une localité et le besoin
d’eau potable et d’évacuation des eaux
usées est direct. L’énorme expansion de
la population urbaine s’accompagna de
dysenterie, de fièvre typhoïde et de
choléra. La nécessité se fit donc sentir de
créer des systèmes d’adduction d’eau à
grande échelle, ainsi que des stations
d’épandage permettant aux systèmes
urbains d’assainissement de rejeter des
eaux propres. L’esprit du temps fit croire
que l’entreprise privée résoudrait la
totalité des problèmes humains, et que
l’entreprise publique était par nature
mauvaise et gaspilleuse. Le résultat fut
un crime nouveau : le vol d’eau.

Nigel Morgan, historien de l’une des
nouvelles villes industrielles, Preston, a
exhumé du journal local de l’année 1844
la preuve de ce crime. Dans un article
intitulé Avertissement aux voleurs d’eau,
on lit ceci :
« Hier, Elizabeth Stubbs a comparu
devant les magistrats à la mairie, accusée
d’avoir pris de l’eau à l’un des robinets
de la Preston Waterworks Company, bien
qu’elle n’ait signé avec cette compagnie
aucun contrat l’y autorisant. L’affaire
ayant été prouvée à son détriment, elle a
été condamnée à une faible amende et
aux frais de justice. »

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