Aux Enfants de la misère, aux indigents, à tous ceux qu’on somme de se terrer.

dimanche 11 novembre 2007
par  *
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La volonté qu’« on » mettra à vous faire passer d’objet à sujet
ne dépendra bientôt que de vos forces de frappe les plus manifestes
sur l’échelle des valeurs où se cotent les gens.

Et vous le savez si sûrement que vous vous abstenez de dire
ce qui vous concerne, condamnés que vous êtes à vous taire
pour ne pas subir l’opprobre, la déception ou le délaissement.
Et pour vous la parole deviendra chaque jour davantage
le prolongement de la pesanteur plus que de la pensée.

Au Moyen Âge, les savants enseignaient que l’enfant ne
souffrait pas. Désormais la souffrance des uns et des autres
n’est plus niée, mais pour les besoins de l’horreur économique
et au détriment de toute logique morale, humaine et intellectuelle, la
souffrance est nivelée. De sorte que le bourreau se prévaut bientôt de
souffrir autant que sa victime. Je me souviens qu’en 1995, après le
témoignage émouvant d’un aumônier de prison sur la situation de
détenus, celui d’une jeune femme revenue de l’enfer des hôpitaux
roumains, celui de précaires, l’alors ministre Hervé Gaymard y allait
de sa plainte : « si vous saviez comme il nous est difficile de gouverner
 ! » La même année, un ami me rapportait la discussion qu’il avait
eu avec un praticien réputé de sa petite ville, un psychiatre directeur
d’un établissement. C’était il y a une dizaine d’années et cet homme,
ce professionnel de la maladie mentale soutenait que la douleur est la
même pour tous. Sur le point de discuter de la douleur des uns et des
autres, je suis mal placé pour juger de l’intensité ou de la forme qu’elle
prend en chacun de nous. Seulement ce « la douleur est la même pour
tous » sonne par trop comme ces lieux communs qui cachent de
véritables basculement de la société. En l’occurrence, avec le recul
j’entends aujourd’hui celui-ci d’une manière bien différente que ce que
je percevais à l’époque. J’entends que « tout se vaut », qu’il n’est pas
nécessaire de distinguer, et en fin de compte je perçois que, puisqu’il est
en ainsi, il n’est pas impérieux d’agir en amont de la société, là ou
s’élaborent pourtant les politiques qui vont précipiter les uns dans la
misère à mesure qu’elles enrichiront les autres. Je perçois dans l’emploi
de ce lieu commun utilisé par un spécialiste tout le tort qu’on va faire
au sens critique.Voilà un homme qui est pressé, trop pressé de se laver
des crimes d’une société qui lui a ménagé une place enviable. Il ne
saurait la mettre en doute, pensez donc, il est bien la preuve vivante
qu’elle sait récompenser les mérites ! Quels mérites au juste ? Annie
LeBrun en donne une définition sans appel : « La société ne
récompense que ceux de ses citoyens qui la servent le mieux. » Ce
praticien aurait-il oublié la voix de ses Maîtres dans sa hâte d’en
découdre avec des patients qui s’accumulent ?


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